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CEMAC : le Cameroun champion des taux de crédit les plus bas, un avantage à nuancer

Entre un pays leader du crédit abordable et une sous-région encore prisonnière de taux élevés, les fractures financières persistent et interrogent l’avenir de l’intégration économique.

Selon les dernières données de la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), le paysage du crédit dans la zone CEMAC révèle de fortes disparités, avec un Cameroun qui se distingue comme le marché le plus favorable en matière de coût du financement. À fin décembre 2025, le taux moyen du crédit y est évalué à 8,60 %, contre une moyenne communautaire de 11,50 %, confirmant une relative compétitivité du système bancaire camerounais.

Dans le reste de la sous-région, les écarts sont significatifs. Le Gabon affiche un niveau particulièrement élevé de 22,28 %, la Guinée équatoriale 13,22 %, et la République du Congo 13,19 %. Ces différences traduisent à la fois des structures bancaires hétérogènes et des niveaux de risque perçus distincts par les établissements financiers.

Pour l’économiste camerounais Alain Mewoulou, cette situation reflète «une meilleure profondeur du marché bancaire au Cameroun, mais aussi une concurrence plus active entre les établissements de crédit». Selon lui, la présence d’un tissu entrepreneurial plus dense contribue également à fluidifier l’accès au financement.

De son côté, la spécialiste en finance sous régionale Claire Tientcheu souligne toutefois que « des taux relativement bas ne signifient pas nécessairement un accès facile au crédit ». Elle insiste sur les conditions d’octroi encore strictes, notamment les garanties exigées et la sélectivité des banques.

Cette analyse est partagée par plusieurs acteurs économiques, qui estiment que la baisse relative des taux au Cameroun ne se traduit pas encore pleinement par une inclusion financière large. Les PME, en particulier, restent confrontées à des difficultés structurelles pour accéder aux financements nécessaires à leur croissance.

Dans ce contexte, la BEAC appelle à une harmonisation progressive des politiques monétaires et à un renforcement des mécanismes de partage des risques afin de stimuler le financement de l’économie réelle dans toute la CEMAC.

Ainsi, entre attractivité relative du Cameroun et tensions persistantes dans les autres économies de la zone, le marché du crédit en Afrique centrale demeure à la croisée des chemins, entre prudence bancaire et nécessité de soutien à la croissance. Les experts recommandent ainsi une accélération des réformes bancaires, notamment la digitalisation des services financiers et la réduction des coûts de transaction. À moyen terme, l’enjeu reste de transformer cet avantage relatif en véritable levier de développement économique inclusif.

Rémy Biniou

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