
L’enseignant-chercheur à la Faculté des sciences économiques et de gestion de l’Université de Yaoundé II offre une analyse des implications des attentions du Pape en faveur de La jeunesse du Cameroun.

Comment évaluez-vous l’insistance du Pape Léon XIV à la création de débouchés pour les jeunes camerounais ?
Je commencerais d’abord dans la bible par citer Jean, chapitre 14 verset 27, « je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ». Je commence par là pour dire que le Pape est dans la continuité de son prédécesseur. Toutefois, il faut d’abord jeter un regard sur la situation économique du Cameroun. Le gouvernement s’efforce de lutter contre le chômage, notamment des jeunes, en mettant en place diverses politiques d’emploi et de formation. Je ne vais pas rappeler les différentes structures et ministères qui ont été créés pour répondre à cela. Cependant, il fait face à de nombreux défis liés à la montée en puissance des tensions sociales et aux effets de la mondialisation qui rendent difficiles les effets entre l’offre et la demande de travail. Dans un contexte d’économie ouverte, les mutations technologiques et la concurrence internationale fragilisent certains secteurs et limitent la capacité d’absorption du marché de l’emploi. Etant un Etat jeune au plan économique, de la mise en place des institutions économiques et politiques, le Cameroun doit adapter ses politiques publiques à l’évolution mondiale. Cela implique de mieux concilier les réalités conjoncturelles internes qui sont à féliciter, avec des exigences de la mondialisation ; en misant sur la qualité de la formation, l’innovation et la création des débouchés économiques durables au service des jeunes.
Quel lien établissez-vous entre la paix, la prospérité et la réduction du chômage?
Le Cameroun est un Etat confronté à des attaques et à des tensions dans plusieurs régions, et le Pape en a visité une. Malgré des défis sécuritaires dans certaines zones cette capacité de résistance aux crises se traduit, par la continuité de l’action gouvernementale la préservation des institutions et la recherche des solutions pour rétablir la stabilité. Cette situation met également en évidence la nécessité de renforcer la gouvernance, la sécurité et les politiques de développement afin de consolider durablement la paix et la cohésion sociale.
Le représentant de saint Pierre est dans sa logique car il montre que sans la paix, Il n’existe pas de développement durable. Et son idée rejoint celle e son prédécesseur Benoit XVI lors de sa visite en 2009. Celui-ci insistait sur le fait que le développement de l’Afrique ne peut se faire dans un climat de violence et d’instabilité. Il appelait ainsi à la réconciliation, à la justice et à la solidarité comme fondement essentiel pour bâtir des sociétés stables. Les débouchés économiques et l’emploi sont des fondements de la paix. La théorie économique, notamment celle d’Adams et de Montesquieu, montre que le développement des débouchés économiques favorise la paix sociale en favorisant des opportunités surtout pour les jeunes.
L’économie permet une meilleure intégration sociale et réduit les frustrations liées au chômage. On peut aussi convoquer la théorie développée par David Baker selon laquelle, lorsqu’un individu dispose d’un emploi stable, il a plus à perdre à s’engageant dans des activités violentes. La réduction du chômage est une condition de la paix durable, une paix qui repose surtout sur un équilibre économique et social.
Qui plus que le représentant de Saint Pierre sur terre peut rappeler que le chômage, celui des jeunes en particulier, constitue une forme d’exclusion et de violence structurelle qui fragilise la cohésion sociale. En revanche, une économie capable de générer de la croissance et des emplois favorise la stabilité, réduit les inégalités et renforce la confiance aux institutions dont le Cameroun a véritablement besoin. Le Pape rappelle que la réduction du chômage devient alors non seulement un objectif économique, mais aussi une condition essentielle de la paix. Même si le Pape est dans son rôle, la paix ne se décrète pas, elle se construit collectivement.
Louise Nsana


