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Djérem : l’équilibre régional à l’épreuve des nominations

Dans ce département multiethnique de l’Adamaoua, un collectif de ressortissants dénonce une concentration des postes politiques et administratifs au profit d’un seul groupe. Les Gbaya, groupe majoritaire, disent se sentir exclus. L’État est interpellé.

Les autorités communales de Tibati célèbrant l’unité nationale

Ngaoundal, arrondissement sud du département du Djerem. La route qui relie ce bourg à Tibati, chef-lieu départemental, est longue et cabossée, à l’image, disent certains habitants, du chemin que doivent emprunter les fils de cette localité pour accéder à une quelconque reconnaissance institutionnelle. Ici, on parle gbaya, mboum, fulfuldé. On prie dans les églises le dimanche, dans les mosquées le vendredi. Le Djerem, c’est le Cameroun en miniature. Sauf que, selon un collectif de ressortissants qui vient de hausser le ton, cette diversité ne se retrouve pas dans les nominations.
Le document rendu public par le collectif est direct. Il liste huit positions de premier rang dont sénateur, député, président du Conseil régional de l’Adamaoua, deux maires, directeur général de la Sonara, PCA de Camtel, chargé de mission à la présidence de la République, et note que leurs titulaires sont, sans exception, peulh ou haoussa, musulmans, et majoritairement originaires de l’arrondissement de Tibati. Parmi les noms cités : Oumarou Issa, sénateur et président de section RDPC-Djerem I, et son frère cadet Aliou Issa, président du Conseil régional de l’Adamaoua, une concentration familiale qui n’a pas échappé aux signataires du texte. « Ce n’est pas contre les Peulhs que nous parlons. C’est pour la République », précise d’emblée un membre du collectif, joint par téléphone depuis Tibati et qui a requis l’anonymat. « Nous demandons simplement que tous les groupes du Djerem soient représentés à la hauteur de leur poids démographique et de leur contribution à ce département. »

C’est sur le sort des Gbaya que le collectif appuie le plus fort. Groupe démographiquement majoritaire dans le Djerem, détenteurs de trois chefferies de deuxième degré et de la majorité des chefferies de troisième degré, ils seraient pourtant systématiquement écartés des fonctions politiques et administratives élevées. « Nos chefs de village existent, nos communautés existent, mais dans les bureaux de Yaoundé, nous sommes invisibles », confie Pauline Angèle, enseignante gbaya à Ngaoundal, rencontrée lors d’un déplacement dans la zone. Elle ajoute, sans animosité perceptible : « On ne demande pas la guerre. On demande notre place. »

Le collectif va plus loin, évoquant des tentatives de « déstructuration et de musellement des chefferies gbaya ». Une accusation grave, que les autorités locales contactées n’ont pas souhaité commenter publiquement.
Du côté institutionnel, la réponse reste dans les clous du discours officiel. Un responsable administratif de la région de l’Adamaoua, s’exprimant sous couvert d’anonymat, rappelle que « les nominations sont de la prérogative exclusive du président de la République, sur la base de critères de compétence, d’équilibre et de mérite ». Il reconnaît néanmoins que « la perception d’injustice, même si elle est contestable sur le fond, doit être prise au sérieux car elle nourrit les tensions communautaires ».

Pour le Dr Hamadou Aliou, sociologue à l’Université de Ngaoundéré spécialiste des dynamiques ethniques dans l’Adamaoua, le problème dépasse le seul Djerem. « Dans plusieurs départements du Septentrion et de l’Adamaoua, la superposition entre appartenance ethnique, affiliation religieuse et accès aux ressources politiques est une réalité documentée. Ce n’est pas une opinion, c’est une donnée structurelle que les politiques publiques de rééquilibrage n’ont pas encore sérieusement adressée. »

Il nuance toutefois : « Avant de parler de complot, il faut aussi interroger les mécanismes de cooptation, les réseaux de recommandation, et la faiblesse des contre-pouvoirs locaux. La solution n’est pas le remplacement d’un groupe par un autre, mais l’institutionnalisation de critères transparents. » Le collectif conclut son document par un appel formel à l’État : « corriger ces injustices qui perdurent ». Ni violence, ni ultimatum, une pétition dans les formes républicaines. Elle mérite, a minima, un accusé de réception.

Tom.

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