Éducation financière en zone CEMAC : la COSUMAF et la Banque de France se donnent la main
À coups de conventions, de pédagogie et de coopération technique, les deux parties entendent résoudre un paradoxe devenu chronique en Afrique centrale : une région riche en ressources mais pauvre en culture financière.

Le 18 mai 2026, dans le cadre d’une visite d’étude organisée par l’institution française, la Commission de Surveillance du Marché Financier de l’Afrique Centrale (COSUMAF) et la Banque de France ont signé un accord de partenariat consacré à l’éducation financière dans l’espace CEMAC. Derrière la photo protocolaire et les poignées de main diplomatiques, l’objectif est clair : apprendre aux populations de la sous-région à mieux comprendre l’argent, l’épargne et les marchés financiers.
Car en Afrique centrale, la finance moderne reste encore un territoire lointain pour une grande partie des citoyens. Les marchés financiers existent, les régulateurs aussi, les États multiplient les émissions obligataires, mais la culture boursière demeure embryonnaire. Les ménages préfèrent souvent les circuits informels, les tontines ou la pierre plutôt que les produits financiers jugés complexes, risqués ou réservés à une minorité d’initiés.
C’est ce mur de méfiance que la COSUMAF veut fissurer. L’accord signé avec la Banque de France prévoit un partage d’expériences sur les politiques d’éducation financière, l’accès aux outils pédagogiques développés par Paris et une coopération durable au profit des six pays de la CEMAC : Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad.
Dans les milieux financiers régionaux, le diagnostic est connu depuis longtemps : sans citoyens capables de comprendre les mécanismes de l’épargne moderne, impossible de bâtir un véritable marché des capitaux. Résultat, la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) reste encore peu visible dans la vie économique quotidienne, malgré les ambitions affichées par les États de la sous-région.
Le partenariat avec la Banque de France ressemble donc à une tentative de mise à niveau. L’institution française apporte son expérience en matière de pédagogie financière, de protection des épargnants et de vulgarisation économique. La COSUMAF, elle, espère renforcer sa crédibilité en tant que régulateur régional capable de rapprocher les marchés financiers des populations.
Mais derrière le vocabulaire consensuel de « coopération » et de « partage d’expertise », l’accord raconte aussi autre chose : la persistance de l’empreinte française dans les équilibres monétaires et financiers d’Afrique centrale. Paris demeure un acteur influent dans une région où les questions de finance, de monnaie et de régulation restent étroitement liées à l’histoire de la Francafrique, même si les discours officiels préfèrent désormais parler de partenariat gagnant-gagnant.
Pour la COSUMAF, le défi est immense. Il ne s’agit plus seulement de surveiller les marchés, mais de convaincre les populations que la finance peut devenir un outil de développement et non un univers opaque réservé aux technocrates. Dans une région confrontée à des besoins massifs de financement, attirer l’épargne locale devient presque une question de souveraineté économique.
Au fond, la convention signée le 18 mai traduit une réalité simple : l’Afrique centrale cherche encore la clé pour transformer son épargne dormante en moteur de croissance. Et cette bataille-là se joue autant dans les salles de marchés que dans les mentalités.
Jean-René Meva’a Amougou



