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Figure de la résistance allemande : Manimben Yi Tombi ne doit mourir deux fois

Le témoignage des actes héroïques de ce guerrier Banen tend à s’effriter à l’échelle nationale. Ce personnage a pourtant constitué l’une des figures emblématiques de la lutte contre la domination allemande au Cameroun.

Il y a des personnages dont le souvenir ne devrait jamais s’estomper ni l’intégrité des récits souffrir de quelque corruption que ce soit ; tant les noms associés à des histoires de bravoure sont en eux-mêmes porteurs de valeurs. Au Cameroun cependant, l’oralité des cultures affecte la qualité des récits dans l’espace public et compromet la mémoire des peuples. L’histoire de Manimben, nationaliste d’origine Banen illustre la portée du phénomène. Ce dernier dont les épopées se situent à la période de la domination allemande au Cameroun est une figure de la résistance.

La naissance de Manimben Yi Tombi dit le « Lion noir » remonte aux environs de 1860 à Etoundou, dans l’arrondissement de Ndikinimeki, région du Littoral. Cette figure nationaliste du peuple Banen nait dans un foyer polygamique composé de 257 femmes et 344 enfants. Il en sort le premier garçon et naturellement, comme cela est le cas dans les cultures Bantous, il endosse des responsabilités familiales sous le strict encadrement de son père. Lequel fait de lui un vaillant guerrier pour protéger le clan, tandis que des fonctions spécifiques sont attribuées au reste des garçons de la famille. Dans cette posture et après une préparation intense, Manimben Yi Tombi hérite de l’armée de son géniteur au décès de celui-ci. Avec elle, il mènera une vive résistance au dominateur allemand. « C’est son père qui avait arrêté l’extension Bamoun chez nous. Les Banen ne sont pas musulmans parce qu’il a lutté puissamment et vaillamment contre les Bamouns. Les Bamouns étaient très puissants à l’époque. Ils étaient nombreux, ils ont inventé la forge, ils connaissaient l’écriture, mais le père de Banimben Yi Tombi leur a barré le chemin », se souvient Gabriel Ofakem, descendant du nationaliste Banen de la quatrième génération.

Manimben Yi Tombi devient alors un homme très recherché par le colon du fait de ses prouesses guerrières. Mais plus encore du fait des nombreux récits liés à ses multiples transfigurations vers une apparence de lion noir. Il intrigue autant qu’il inspire de la crainte dans le camp adversaire. « Auparavant, nos parents vivaient en symbiose avec la nature. Ce sont les missionnaires qui sont venus abolir tout cela. Son totem c’était le lion. Il se transformait souvent quand ça n’allait pas. Il possédait de nombreux pouvoirs mystiques dont je détiens certaines reliques aujourd’hui parce que mon grand-père était le premier Banen à aller en Allemagne en 1907. Connaissant bien le blanc, quand ceux-ci venaient prendre nos reliques, il a conservé cela. Ces reliques ont été confiées à mon père et il me les a laissés à sa mort », rapporte le patriarche.

La suite de son récit fait état d’une possible trahison locale (comme ce fut le cas pour …) qui a conduit à l’arrestation et la déportation de Manimben Yi Tombi vers des prisons allemandes à Douala. « Il y a eu une première expédition allemande suivi d’une victoire des Banen. Ensuite une deuxième et une troisième expédition vers la sixième ou septième année. C’est cette dernière qui a réussi parce qu’à la troisième expédition, les blancs sont arrivés avec des fusils mitrailleurs et les Banen avaient les mousquets qu’il fallait charger avec la poudre et à cette période-là, il y’avait des pluies diluviennes. Il a plu pendant quatre jours et la poudre s’est retrouvée mouillée donc il était impossible de se défendre efficacement. Il est capturé dans ce contexte dans les années 1890 environ », explique le patriarche Gabriel Ofakem.

Une mort, plusieurs versions
Gabriel Ofakem vit à Dikinimeki sur les terres ancestrales. De la mort de son aïeul, il garde le souvenir de récits se rapportant à une grève de la faim depuis son lieu de captivité. Sur la question cependant, plusieurs versions s’opposent. Des légendes populaires racontent qu’il aurait réussi à s’évader de son lieu de captivité et aurait pris l’apparence de son animal fétiche pour pouvoir rallier son domicile. Sur place, il trouve la porte de son domicile close, contrairement aux habitudes instaurées entre lui et son épouse. Ne pouvant entrer pour se restaurer après son évasion et ses grèves de la fin, celui-ci est abattu de deux balles dans le torse. « Il est mort de sa grève de la faim à Douala. Seulement, de temps en temps il se transformait pour se retrouver en Njikinimeki. Ces hommes étaient des gens qui avaient un sens élevé de l’honneur. La fuite n’était pas vraiment une option chez eux. Ils se cachaient pour pouvoir mener des actions en faveur de leur peuple mais c’était seulement parce que le contexte ne permettait pas de faire autrement. Mais la fuir, non. La preuve en est que Douala Manga Bell lui-même a eu l’opportunité de fuir pour sauver sa vie, mais il ne l’a pas fait. C’étaient des hommes d’honneur », entend-on dire ce ressortissant Banen.

Banimben Yi Tombi décède le 8 août 1914 au même moment que Rudolph Douala Manga Bell. Il ne jouit cependant pas de la même notoriété que les autres héros de la résistance camerounaise dont les épopées sont portées à la connaissance de l’ensemble de la population camerounaise. Une stèle a été construite dans le temps à Bonanjo pour commémorer sa mémoire, même si aucune cérémonie d’hommage n’y a lieu. Celle-ci représente plutôt un lion. A Bafia, au mois de juillet et à l’occasion de l’édition 2026 du Festival Mbam’Art, un hommage aux figures emblématiques du peuple Mbamois a eu lieu. Et pour représenter Manimben Yi Tombi, une image du Lion noir a trôné parmi des photos d’hommes au parcours extraordinaire.

Louise Nsana

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