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Ousmane Sonko ou le retour de la parole souveraine

Le 15 juin 2026, Ousmane Sonko accordait un entretien à deux médias français, « France 24 » et « Radio France Internationale ».

Comme à son habitude, le nouveau président de l’Assemblée nationale du Sénégal s’est distingué par son franc-parler, sa maîtrise des dossiers et sa volonté de répondre sans détour aux questions qui lui étaient posées. Ceux qui espéraient le voir s’excuser, se justifier ou adopter un ton conciliant ont rapidement compris qu’ils avaient affaire à un homme qui assume pleinement ses convictions et les choix de son pays.

L’un des moments les plus commentés de cette interview a concerné la question de l’homosexualité au Sénégal. Les journalistes l’ont interrogé sur ce que certains observateurs occidentaux présentent comme une persécution des homosexuels dans ce pays. La réponse de Sonko fut nette et sans ambiguïté. Il a rappelé qu’il n’existe pas de chasse aux homosexuels au Sénégal et que la loi criminalisant l’homosexualité ne date pas d’aujourd’hui. Selon lui, cette loi existe depuis l’époque de Léopold Sédar Senghor. À travers cette remarque, Sonko soulignait un fait souvent passé sous silence. Senghor, figure respectée en France et fréquemment présentée comme un modèle de modération politique, n’avait jamais remis en cause cette législation. Le patron du PASTEF a simplement précisé que les sanctions prévues par la loi avaient été renforcées au fil du temps. Mais l’essentiel de son propos était ailleurs.

Pour lui, le Sénégal est un État souverain qui n’a pas à rendre compte de ses choix législatifs à des puissances étrangères. Il n’a pas à justifier ses lois devant la France, l’Union européenne ou quelque autre acteur international que ce soit. Cette affirmation de souveraineté constitue sans doute le cœur de son message.
La phrase qui a particulièrement retenu mon attention fut celle-ci: « Revenir sur cette loi pourquoi ? Parce que la France n’en veut pas ? »

En s’exprimant ainsi, Sonko ne parlait pas seulement d’homosexualité. Il abordait un problème beaucoup plus vaste, celui des rapports entre l’Afrique et l’Occident. Depuis des décennies, de nombreux Africains ont le sentiment que leurs pays sont constamment sommés de se conformer à des normes et à des priorités définies ailleurs. Ils ont parfois l’impression que leur souveraineté est reconnue en théorie mais contestée dès lors qu’ils prennent des décisions qui ne correspondent pas aux attentes occidentales.

Ce qui frappe chez Ousmane Sonko, c’est précisément son refus de cette logique. Il ne cherche pas à provoquer gratuitement. Il ne parle pas pour créer le scandale. Il défend une certaine idée de la dignité africaine. Il affirme qu’un peuple doit pouvoir déterminer lui-même les règles qui organisent sa vie collective. C’est pourquoi les accusations de radicalisme portées contre lui méritent d’être examinées avec prudence. Beaucoup le présentent comme un homme excessif ou intransigeant. Ce que ses partisans admirent chez lui n’est pas l’excès mais la cohérence. Ils voient en lui un dirigeant qui refuse les compromis lorsqu’ils touchent à des principes fondamentaux.

Sonko rappelle à juste titre que la politique ne peut être réduite à une simple gestion technocratique des affaires publiques, qu’elle implique aussi une vision morale, une certaine idée du bien commun et une fidélité à des valeurs collectives. Autrement dit, la politique ne peut faire l’économie de l’éthique.

Cette posture s’inscrit dans un contexte historique particulier. Après plusieurs siècles de domination, d’exploitation et d’humiliations, une bonne partie de la jeunesse africaine aspire à entendre un discours plus ferme. Beaucoup ne veulent plus des accommodements permanents, des concessions successives et des prudences diplomatiques qui ont longtemps caractérisé certains dirigeants africains.

Pour eux, le temps est venu d’affirmer clairement les intérêts du continent et de défendre sans complexe les choix des peuples africains. Cette volonté explique l’écho rencontré par des figures comme Ousmane Sonko au Sénégal, mais aussi par d’autres dirigeants ou responsables politiques qui incarnent aujourd’hui une aspiration à la souveraineté.
Dans cette perspective, Sonko apparaît comme l’un des acteurs majeurs du profond mouvement politique qui traverse actuellement l’Afrique de l’Ouest. Son nom est souvent associé à ceux d’Ibrahim Traoré, d’Assimi Goïta et d’Abdourahamane Tiani. Bien que leurs parcours, leurs contextes et leurs méthodes diffèrent, beaucoup de leurs sympathisants voient en eux les représentants d’une même volonté de rupture avec les dépendances héritées du passé.

Cette lecture explique également les tensions apparues entre Sonko et Bassirou Diomaye Faye. Les divergences entre les deux hommes reflètent l’opposition entre deux visions du changement. D’un côté, une approche jugée plus prudente et institutionnelle ; de l’autre, une volonté de transformation plus rapide et plus affirmée. Les partisans de Sonko estiment ainsi qu’il incarne davantage l’esprit de rupture qui a porté leur mouvement au pouvoir.

En un mot et sans risque de se tromper, on peut affirmer qu’Ousmane Sonko est devenu une figure incontournable du débat politique africain. Son influence dépasse aujourd’hui largement les frontières du Sénégal. Son discours sur la souveraineté, la dignité et l’indépendance trouve un écho chez de nombreux Africains qui souhaitent voir leur continent parler d’une voix plus libre et plus assurée.

Dans une Afrique en pleine recomposition politique, Sonko apparaît comme l’un des symboles d’une génération qui refuse de considérer la dépendance comme une fatalité et qui entend écrire elle-même les prochaines pages de son histoire.


Jean-Claude Djéréké

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