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Zlecaf : le Cameroun risque de devenir le marché des autres

Réunis au FOREP dans le cadre de PROMOTE 2026 à Yaoundé, plusieurs experts ont averti qu’en l’absence d’une véritable transformation industrielle, le pays pourrait subir plus qu’il ne profiterait du libre-échange africain.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) fait rêver. Un marché de plus d’un milliard de consommateurs, des barrières douanières progressivement levées et la promesse d’une accélération des échanges entre pays africains. Mais derrière les perspectives enthousiasmantes, les spécialistes réunis ce 17 juin au Palais des Congrès de Yaoundé ont surtout lancé un avertissement : le Cameroun ne doit pas se contenter d’ouvrir ses frontières sans renforcer au préalable sa capacité de production.
C’est l’une des préoccupations majeures soulevées lors du Forum économique de PROMOTE (FOREP 2026), organisé par Scope sous le parrainage du ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, avec l’appui d’Afriland First Bank. Couplé au CIM, ce rendez-vous a réuni responsables publics, investisseurs et opérateurs économiques autour des mutations géopolitiques et économiques qui redessinent le paysage des entreprises camerounaises.

Le thème consacré au positionnement stratégique du Cameroun dans le commerce intra-africain a suscité des échanges nourris. Si tous reconnaissent les opportunités offertes par la Zlecaf, nombreux sont ceux qui mettent en garde contre les risques d’une intégration mal préparée. « Le danger est réel. Si nous n’augmentons pas rapidement notre capacité de production et notre compétitivité, nous deviendrons simplement le marché des autres », prévient Christophe Eken
Le constat revient comme un leitmotiv dans les couloirs du forum. Les entreprises marocaines, égyptiennes, sud-africaines ou kényanes disposent déjà d’industries plus structurées et de capacités d’exportation importantes. Dans un contexte de libre-échange, elles pourraient occuper davantage les marchés africains, y compris camerounais.
« La ZLECAF n’est pas un mécanisme de protection. C’est une compétition », résume un expert en commerce international. « Ceux qui produisent mieux et moins cher gagneront des parts de marché. »

Pour plusieurs intervenants, le principal défi du Cameroun demeure la faiblesse de sa transformation industrielle. Le pays continue d’exporter principalement des matières premières et importe une grande partie des produits manufacturés qu’il consomme.
Cette situation risque d’aggraver le déficit commercial si les entreprises locales ne parviennent pas à monter en gamme. « La question n’est plus de savoir si la ZLECAF est une bonne ou une mauvaise chose. Elle est là. Le véritable enjeu consiste à savoir si nous sommes prêts », estime un consultant spécialisé dans les politiques industrielles.
Pour lui, le Cameroun dispose pourtant de sérieux atouts. Sa position géographique, son ouverture maritime, le port en eau profonde de Kribi et son rôle de porte d’entrée vers les pays enclavés de la sous-région lui confèrent une place stratégique.

Mais ces avantages naturels ne suffisent plus
« Le leadership économique ne se décrète pas. Il se construit à travers les infrastructures, l’innovation, la productivité et la qualité des produits », souligne un participant.

Les experts présents à Yaoundé insistent également sur l’urgence d’accompagner les petites et moyennes entreprises. Souvent confrontées aux difficultés de financement, à des coûts logistiques élevés et à des procédures administratives complexes, elles constituent pourtant l’essentiel du tissu économique national. « Ce sont les PME qui devront porter la conquête des marchés africains. Encore faut-il leur donner les moyens de cette ambition », fait remarquer un chef d’entreprise.

Au-delà des infrastructures, la bataille se jouera aussi sur les compétences, le numérique et l’innovation. Plusieurs spécialistes plaident pour une stratégie industrielle plus agressive, capable de favoriser la transformation locale des matières premières et de développer des chaînes de valeur nationales.

Le FOREP 2026 aura ainsi servi de caisse de résonance à une inquiétude grandissante : dans la nouvelle architecture économique du continent, le Cameroun ne pourra compter sur sa seule position géographique.

La ZLECAF avance à grande vitesse. Les grandes économies africaines se préparent déjà à conquérir de nouveaux marchés. Pour le Cameroun, l’heure est désormais moins aux discours qu’à la mise à niveau de son appareil productif. Car dans l’Afrique du libre-échange qui se dessine, les retardataires risquent d’être relégués au rang de simples consommateurs. Et c’est précisément ce scénario que les experts réunis à Yaoundé veulent éviter.

Bobo Ousmanou

Afrique centrale : la compétitivité, ce défi qui ne se décrète pas

À l’heure de la ZLECAF, les économies de la CEMAC sont appelées à accélérer leurs réformes pour ne pas rester à la marge du commerce intra-africain.

Le diagnostic est connu. Malgré des réserves pétrolières, minières et forestières considérables, les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) demeurent faiblement intégrés entre eux. Le commerce intra-communautaire représente moins de 5 % des échanges totaux, loin derrière les performances observées en Afrique de l’Est ou en Afrique australe.

Pour les experts présents au FOREP, la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine constitue à la fois une opportunité et un avertissement. « La compétitivité se construit. Elle suppose des investissements, des réformes, une meilleure gouvernance et une vision de long terme », résume un spécialiste des politiques économiques africaines.

Car l’ouverture des frontières commerciales ne garantit pas automatiquement une augmentation des exportations. Dans une Afrique où les barrières tarifaires tendent progressivement à s’effacer, ce sont désormais les coûts de production, la qualité des infrastructures et la capacité d’innovation qui feront la différence.

L’Afrique centrale accuse encore des retards importants. Routes insuffisantes, coûts élevés du transport, faiblesse des interconnexions énergétiques, lourdeurs administratives ou encore difficultés d’accès au financement freinent le développement du secteur privé. À cela s’ajoutent des économies encore largement dépendantes de l’exportation des matières premières brutes. « La richesse naturelle n’est plus un facteur suffisant. Ce sont les chaînes de valeur, la transformation industrielle et la productivité qui déterminent aujourd’hui la compétitivité », souligne un expert du commerce régional.

Infrastructures
La question est revenue avec insistance dans les discussions. Pour plusieurs intervenants, l’intégration économique de la sous-région reste inachevée tant que les corridors routiers, ferroviaires et portuaires ne permettront pas une circulation plus fluide des marchandises et des personnes.

La modernisation des administrations apparaît également comme une priorité. Les opérateurs économiques continuent de dénoncer les lenteurs bureaucratiques, les tracasseries et les coûts supplémentaires qui réduisent l’attractivité de la région. « La compétitivité est aussi une affaire de gouvernance », rappelle un responsable patronal.

Les experts mettent également en garde contre une concurrence accrue avec d’autres espaces africains déjà engagés dans leur montée en puissance industrielle. Le Maroc, le Kenya, l’Égypte ou encore l’Afrique du Sud ont multiplié les investissements dans les infrastructures, le numérique et les chaînes de valeur manufacturières.

Pour l’Afrique centrale, l’enjeu est donc de ne pas se contenter du rôle de fournisseur de matières premières. Les secteurs de l’agro-industrie, du bois transformé, des mines, de la métallurgie ou encore des services numériques offrent des perspectives importantes de diversification.

L’amélioration du capital humain constitue un autre chantier majeur. Les besoins en compétences techniques, en innovation et en technologies numériques deviennent déterminants dans un contexte de concurrence continentale accrue. « Les ressources naturelles ne remplaceront jamais la qualité des ressources humaines », estime un économiste présent au FOREP.
Les intervenants plaident ainsi pour des politiques publiques plus cohérentes, capables de s’inscrire dans la durée. La stabilité réglementaire, l’encouragement des investissements privés et la promotion d’un véritable marché régional figurent parmi les priorités évoquées.

Au fond, les débats de PROMOTE 2026 auront mis en lumière une réalité souvent occultée : l’Afrique centrale ne manque ni de ressources ni d’ambitions. Ce qui lui fait encore défaut, selon les experts, c’est la capacité à transformer ces atouts en puissance économique durable.

À l’heure où la ZLECAF redessine les équilibres du continent, la sous-région se trouve à la croisée des chemins. Dans cette nouvelle compétition africaine, les avantages naturels ne suffiront plus. Seules les économies capables d’investir, de réformer et de se projeter sur le long terme pourront prétendre aux premiers rôles.

Ongoung Zong Bella

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