Comment mieux financer l’économie réelle en Afrique centrale ? : les pistes que pourrait dévoiler Yvon Sana Bangui à PROMOTE 2026
Ce 18 juin 2026, le gouverneur de la BEAC est attendu sur les réformes susceptibles de transformer durablement le paysage financier de la CEMAC.

À l’heure où les économies de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) sont confrontées à l’impératif de diversification et de transformation structurelle, le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, pourrait profiter de la première édition de la Journée PROMOTE de la Finance et du Développement pour livrer une réflexion de fond sur les mutations nécessaires du système financier sous régional.
Placée sous le thème « Comment densifier l’intermédiation et l’inclusion financière en zone CEMAC ? », cette rencontre réunissant autorités monétaires, établissements de crédit, compagnies d’assurances, sociétés de bourse, opérateurs économiques et investisseurs pourrait constituer une tribune privilégiée pour le patron de l’institut d’émission.
Face aux mutations économiques mondiales, aux bouleversements technologiques et aux besoins croissants de financement des entreprises, Yvon Sana Bangui pourrait appeler les différents acteurs à engager une nouvelle étape dans la construction financière régionale.
Faire de la finance un levier de transformation économique
D’entrée de jeu, le gouverneur de la BEAC pourrait rappeler que la stabilité monétaire, longtemps considérée comme l’objectif principal des banques centrales, ne saurait constituer une finalité en soi. « La stabilité monétaire n’a de sens que si elle contribue au financement de la croissance, à la création de richesses et à l’amélioration des conditions de vie des populations. Nous devons bâtir un système financier capable d’accompagner l’industrialisation, la transformation locale de nos matières premières et la montée en puissance du secteur privé », soutiennent de nombreux experts. Et pour le responsable de la banque centrale, la prochaine décennie devrait être celle d’une meilleure articulation entre les politiques monétaires et les impératifs de développement économique. Cela pourrait alors conduire Yvon Sana Bangui à évoquer l’avenir de la CEMAC, qui dépendra largement de sa capacité à transformer son épargne domestique en investissements productifs.
Sortir du paradoxe des liquidités abondantes et du crédit rare
Le gouverneur pourrait ensuite revenir sur l’une des contradictions qui caractérisent les économies de la sous-région. Malgré un système bancaire globalement liquide, les entreprises, notamment les PME et PMI, continuent de faire face à d’importantes difficultés d’accès au financement. « Nous ne pouvons durablement accepter cette situation paradoxale où les ressources existent, mais peinent à atteindre les secteurs créateurs de valeur », alerte l’économiste camerounais André Awoumou. Ainsi, pour Yvon Sana Bangui, la question fondamentale ne résiderait plus dans la rareté des ressources financières, mais plutôt dans leur capacité à irriguer efficacement l’économie réelle. Il pourrait ainsi plaider pour une densification de l’intermédiation financière et une meilleure allocation des capitaux.
Accélérer l’inclusion financière
Le gouverneur de la BEAC pourrait également faire de l’inclusion financière l’une des priorités majeures des prochaines années. On sait que, selon lui, des millions de personnes en Afrique centrale demeurent encore éloignées du système financier formel.« Une économie moderne ne peut prospérer durablement lorsqu’une partie importante de sa population reste exclue des services financiers », pourrait-il expliquer.
Dans cette perspective, Yvon Sana Bangui pourrait appeler à une démocratisation plus poussée des services bancaires. « L’inclusion financière ne constitue pas uniquement un enjeu social ; elle est devenue un facteur essentiel de croissance économique et de mobilisation de l’épargne », pourrait-il insister.
L’objectif serait alors de permettre à un nombre croissant de ménages, de travailleurs indépendants et de petites entreprises d’accéder aux services bancaires, à l’épargne, au crédit et aux moyens de paiement modernes.
Miser sur la révolution numérique
Face aux progrès technologiques, le gouverneur pourrait également mettre en avant les opportunités qu’offre la transformation digitale. On devrait l’entendre sur le numérique comme l’un des principaux leviers de démocratisation de l’accès aux services financiers . L’essor du mobile banking, des paiements électroniques et des plateformes numériques devrait, selon lui, contribuer à réduire les coûts d’accès aux services financiers.
La digitalisation pourrait également favoriser une meilleure traçabilité des opérations et renforcer la sécurité des transactions. « Les innovations technologiques nous offrent l’opportunité de rapprocher davantage les institutions financières des populations et des entreprises », a-t-il dit le 4 juin dernier à Yaoundé. Cette évolution permettrait également d’améliorer la collecte de l’épargne et d’élargir la base des utilisateurs du système financier.
Réhabiliter le rôle de la microfinance
Dans sa vision prospective, Yvon Sana Bangui pourrait accorder une place importante aux établissements de microfinance. « Les institutions de microfinance constituent un maillon essentiel de l’inclusion financière », pourrait-il rappeler. Ces structures apparaissent aujourd’hui comme des relais indispensables pour atteindre les populations éloignées des réseaux bancaires classiques. Toutefois, le gouverneur pourrait également appeler à un renforcement de leur gouvernance et de leur supervision. « Le développement du secteur doit s’accompagner d’une amélioration continue de la transparence, de la gestion des risques et de la protection des déposants », pourrait-il préciser. L’objectif étant de consolider la confiance des usagers et de garantir la pérennité du secteur.
Développer les marchés financiers régionaux
Le patron de la BEAC pourrait également insister sur la nécessité de diversifier les sources de financement. « Le crédit bancaire ne peut, à lui seul, répondre aux besoins croissants de financement de nos économies », avait-il déjà souligné. Pour lui, les marchés financiers sont appelés à jouer un rôle plus important dans les années à venir. Le développement du marché obligataire régional, l’élargissement de la base des investisseurs institutionnels et la création de nouveaux instruments financiers pourraient permettre de mobiliser davantage de ressources à long terme. Cette évolution permettrait notamment de réduire la dépendance vis-à-vis des financements extérieurs.
Mobiliser davantage l’épargne intérieure
Yvon Sana Bangui pourrait également appeler à une meilleure valorisation des ressources locales. Ce d’autant plus qu’un jour, on l’a entendu que « le financement du développement de l’Afrique centrale passera d’abord par la mobilisation de notre propre épargne », pourrait-il déclarer.
Pour le gouverneur de la BEAC en effet, les pays de la CEMAC disposent d’un potentiel encore largement sous-exploité. L’enjeu serait alors de créer les conditions permettant de canaliser cette épargne vers les investissements productifs. « Nos ressources internes doivent devenir un moteur de croissance et un facteur de souveraineté économique », a-t-il souvent souligné.
Renforcer la confiance
Au-delà des instruments et des mécanismes, le premier responsable de la BEAC pourrait rappeler que la confiance demeure le fondement même de toute activité financière. La qualité de l’information financière, la solidité des institutions, la transparence et la bonne gouvernance apparaissent ainsi comme des éléments déterminants. La confiance est la première richesse d’un système financier, le Centrafricain pourrait appeler l’ensemble des acteurs à renforcer les dispositifs de contrôle et à promouvoir une culture de responsabilité.
Consolider l’intégration financière régionale
Dans un environnement international marqué par la montée des tensions géopolitiques et l’accélération des recompositions économiques, Yvon Sana Bangui pourrait également plaider pour un approfondissement de l’intégration régionale. « Nos économies gagneront en résilience à mesure que progressera leur intégration », avait-il déjà expliqué en d’autres circonstances. Dès lors, la modernisation des infrastructures de paiement, l’harmonisation des réglementations et la fluidification des échanges financiers constituent autant de chantiers susceptibles de renforcer la compétitivité de la sous-région. Et à cette aune, le gouverneur pourrait estimer que la Cemac dispose aujourd’hui des atouts nécessaires pour bâtir un espace économique plus intégré et plus attractif.
Préparer la finance de demain
En conclusion, Yvon Sana Bangui pourrait inviter les différents acteurs à anticiper les transformations qui redessinent déjà le paysage financier mondial. On se rappelle que lors de la conférence des superviseurs bancaires africains tenue récemment à Yaoundé, le gouverneur de la banque centrale avait déclaré que « le monde change rapidement. Nos systèmes financiers doivent évoluer avec lui. La finance de demain devra être plus inclusive, plus innovante, plus intégrée et davantage au service du développement ». Pour de nombreux analystes, le banquier centrafricain insinuait que l’avenir de la CEMAC dépendra moins de l’abondance des ressources que de la capacité collective à les orienter vers la création de richesses.
À travers cette vision prospective, le patron de la banque centrale sous régionale pourrait ainsi dessiner les contours d’une nouvelle étape pour la CEMAC : celle d’une finance appelée à devenir l’un des piliers de la transformation économique et de la souveraineté régionale.
Jean-René Meva’a Amougou



