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Yaoundé : le chic du « Made in Cameroon » s’expose avec élégance et audace

Le souffle vibrant de PROMOTE 2026 a élevé les produits locaux comme une promesse poétique, où jeunes et femmes transforment les richesses du terroir en œuvres vivantes, entre tradition réinventée et ambition d’un avenir souverain.

Les visiteurs délectent les produits Made in Cameroon

À Yaoundé, sous les néons du Salon international de l’entreprise, de la PME et du partenariat, le « Made in Cameroon » a des airs de marché augmenté, de laboratoire vivant et de fête des sens. On y entre comme on ouvre une corbeille de fruits tropicaux : avec curiosité, puis avec gourmandise. Ici, l’artisanat n’est plus un folklore figé, mais une matière première politique, économique et presque charnelle. Le pays s’y raconte en textures, en odeurs, en couleurs franches – manioc, cacao, bissap, ananas – comme une cuisine nationale en train de s’écrire sous nos yeux.

Dans les allées de Promote 2026, l’agroalimentaire tient le premier rôle, mais il déborde largement la simple logique de transformation. Il devient langage, manifeste, stratégie. Les jeunes entrepreneures et entrepreneurs y déroulent une grammaire nouvelle : celle d’un Cameroun qui apprend à se consommer lui-même, à se valoriser sans détourner le regard vers l’importé.
Au détour d’un stand, les produits du manioc racontent cette révolution discrète. Farine fine, pains revisités, tapioca soigneusement emballé, presque prêt pour l’export. Le tubercule longtemps cantonné aux marges de l’économie domestique s’invite désormais dans les circuits modernes, emballé, normé, pensé pour séduire bien au-delà des frontières.

Plus loin, le cacao quitte son statut de matière brute pour entrer dans une esthétique du goût maîtrisé : chocolat artisanal, poudre sans additifs superflus, promesse d’un plaisir plus sobre, presque revendiqué comme une hygiène alimentaire. On n’est plus seulement dans la transformation, mais dans la réappropriation.

Et puis il y a les fruits. Les ananas, les bananes, les papayes deviennent des boissons, des vins de table, des liqueurs douces ou puissantes. Une relecture tropicale des codes œnologiques. « Nous sommes spécialisés dans la transformation des fruits en boissons alcoolisées et non alcoolisées », explique une promotrice, qui décline une carte où l’ananas dialogue avec le baobab, le gingembre ou le bissap. Une cuisine liquide, inventive, presque insolente dans sa profusion.

Les jus naturels sans sucre ajouté ni colorant prolongent cette esthétique du « retour au vrai ». Ananas-bissap, ananas-carotte, cocktail de papaye : les recettes ressemblent à des expériences de laboratoire autant qu’à des souvenirs d’enfance. Le sucre n’est plus systématique, la couleur n’est plus artificielle. Le produit se veut honnête, brut, mais sophistiqué dans sa conception.
Dans un autre registre, Minkoumou aligne ses bouteilles comme on expose une bibliothèque de saveurs. Vins de foléré, vins d’ananas, piment liquide, poudre de piment, vin de miel, liqueurs : une économie de la chaleur et du feu, où le piquant devient argument commercial. « Tous ces produits sont mis sur le marché pour satisfaire la demande nationale », explique-t-il, comme pour rappeler que la modernité n’est pas forcément ailleurs.

Mais PROMOTE ne se limite pas à l’agroalimentaire. L’artisanat textile, la vannerie, la maroquinerie et les objets décoratifs prolongent ce même mouvement : réinventer sans rompre. Les fibres naturelles deviennent sacs, les motifs traditionnels s’impriment sur des accessoires contemporains, les objets du quotidien prennent des allures de pièces design. Le geste artisanal n’est plus seulement hérité, il est reconfiguré.

Cette montée en gamme n’est pas passée inaperçue du côté des autorités. Présent sur le salon, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana insiste sur la nécessité de consommer local, de structurer les filières et de faire du « Made in Cameroon » un réflexe économique autant qu’un choix politique. Dans son discours, revient cette idée simple, presque incantatoire : produire ce que l’on consomme, et consommer ce que l’on produit.

Même tonalité du côté du ministre des PME, de l’Économie sociale et de l’Artisanat Achille Bassilekin III, qui voit dans cette effervescence artisanale un levier majeur pour les PME et l’économie sociale. Pour lui, l’enjeu dépasse la simple exposition de produits : il s’agit de bâtir un écosystème capable de transformer l’ingéniosité locale en puissance économique durable. L’artisan devient alors entrepreneur, et l’atelier une micro-industrie en devenir.

Dans les allées, le public circule avec une curiosité presque gourmande. On goûte, on touche, on compare. Les emballages sont plus soignés, les récits mieux construits, les ambitions plus visibles. Le produit local ne demande plus seulement à être soutenu : il cherche à convaincre.

Et c’est peut-être là que réside le basculement. Le « Made in Cameroon » n’est plus seulement une injonction patriotique. Il devient une expérience sensorielle, une promesse de qualité, une esthétique assumée. Entre deux dégustations de jus d’ananas ou de vin de bissap, une idée s’impose doucement : et si l’avenir économique du pays avait le goût de ce qu’il produit déjà ?

Olivier Mbessité

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