Paul Biya « hospitalisé «le gouvernement dément : «il est à Genève, mais il va bien »
Un communiqué officiel ne lève pas les doutes sur la santé de Paul Biya. Il les confirme à moitié.

Le 17 juin 2026, Jeune Afrique publie une information qui secoue les milieux politiques camerounais et la diaspora : le président Paul Biya serait hospitalisé dans une clinique privée genevoise, à la suite d’un malaise survenu lors des festivités de la fête nationale du 20 mai dernier. Quarante-huit heures plus tard, le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi signe un communiqué de démenti. Le texte est solennel. Il est aussi, à bien le lire, singulièrement ambigu.
Le gouvernement ne conteste pas que Paul Biya se trouve à Genève. Il l’affirme même expressément : « le chef de l’État est bel et bien à Genève en Suisse ». Ce qu’il conteste, c’est la dimension hospitalière du séjour. Mais dans le même souffle, le texte ouvre une porte : le chef de l’État pourrait, dit-il, « légitimement saisir l’opportunité de son séjour à Genève pour envisager de simples consultations médicales ». La formule est acrobatique. Elle nie l’hospitalisation tout en normalisant une prise en charge médicale éventuelle. Sur le point le plus précis de l’allégation de Jeune Afrique, le prétendu malaise du 20 mai lors de la fête nationale, le communiqué est muet. Aucune réfutation. Aucune explication.
À 92 ans, Paul Biya est le chef d’État le plus âgé du monde en exercice. Quarante-quatre ans de règne, une Constitution taillée sur mesure, une classe politique domestiquée : le Cameroun n’a jamais eu de débat public sérieux sur la succession présidentielle. Car la vraie question posée par cet épisode n’est pas médicale. Elle est constitutionnelle : que se passe-t-il, que doit se passer si le chef de l’État est dans l’incapacité temporaire ou définitive d’exercer ses fonctions ? La Constitution prévoit un intérim sénatorial. Mais les mécanismes institutionnels, en l’absence d’une culture de transparence et d’alternance, restent lettre morte dans l’imaginaire politique national.
René Emmanuel Sadi annonce que le président « regagnera le Cameroun dans les plus brefs délais ». C’est une promesse souvent entendue. Elle n’est assortie d’aucune date. Elle ne l’est jamais.
Tom



