Les Éléphants doivent rêver plus grand

Toute victoire est bonne à prendre. Je ne boude donc pas le succès remporté hier par les Éléphants face à l’équipe de Curaçao. Une qualification pour les huitièmes de finale est toujours un motif de satisfaction et mérite d’être saluée. Il ne s’agit pas de minimiser cette performance ni de faire la fine bouche.

Doit-on cependant célébrer une simple qualification comme s’il s’agissait déjà d’un exploit historique ? Voir le président de la Fédération ivoirienne de football porté en triomphe après cette étape rappelle une certaine tendance à l’autosatisfaction qui ne correspond pas aux grandes ambitions que doit avoir une nation de football. Les grandes équipes ne fonctionnent pas ainsi. Les Espagnols, les Français, les Brésiliens, les Allemands ou encore les Argentins ne s’arrêteraient pas à ce stade pour se glorifier. Leur objectif est toujours plus élevé: gagner la compétition. Ils savent que le moment de célébrer viendra après, lorsque le travail sera terminé.
À ce stade de la compétition, l’essentiel n’est pas de multiplier les cérémonies, mais d’analyser les performances réalisées, de corriger les erreurs observées lors des trois premiers matchs et de préparer les prochaines rencontres avec sérieux et détermination. Le football de haut niveau exige de la concentration, de l’humilité et une capacité permanente à se remettre en question.
Les célébrations excessives avant l’heure peuvent envoyer un mauvais message: l’objectif est déjà atteint. Or, dépasser le premier tour ne devrait pas être considéré comme un accomplissement extraordinaire pour une équipe comme celle de la Côte d’Ivoire. Se satisfaire du minimum, c’est tomber dans le piège du minimalisme. C’est accepter de petites victoires alors que l’on possède les moyens d’accomplir de grandes choses.
Notre pays doit apprendre à voir grand. L’éléphant, symbole national, n’est pas un petit animal de la forêt. Il représente la force, la puissance et la grandeur. Notre devise devrait être celle d’une ambition permanente: « Semper altiora speramus » — toujours espérer plus haut.
C’est justement parce que nous devons viser plus haut qu’il faut éviter le culte de la petite victoire. Dans le passé, certaines grandes équipes africaines nous ont montré la voie. Les Lions indomptables du Cameroun avaient atteint les quarts de finale de la Coupe du monde en 1990 en Italie. Les Lions de la Teranga du Sénégal avaient réalisé le même exploit en 2002 en Corée du Sud. Ces équipes n’avaient pas simplement participé. Elles avaient écrit une page de l’Histoire.
La Côte d’Ivoire possède pourtant les talents, les infrastructures et l’expérience nécessaires pour aller loin. Nous avons déjà montré que nous pouvions rivaliser avec les meilleurs, comme lors de notre parcours victorieux à la Coupe d’Afrique des nations. Alors pourquoi les Éléphants ne pourraient-ils pas rêver d’un parcours exceptionnel dans une compétition mondiale ?
Il faut sortir de cette mentalité qui consiste à considérer certaines étapes comme des miracles. Les grandes nations sportives ne pensent pas ainsi. Elles se fixent des objectifs élevés et travaillent pour les atteindre. La confiance, l’exigence et l’ambition sont les conditions de la réussite.
La qualification est une étape, pas une destination. Les Éléphants doivent maintenant regarder vers l’avant, avec détermination et sérénité. Car une équipe qui porte un tel symbole ne doit pas seulement chercher à survivre dans une compétition. Elle doit chercher à marquer l’Histoire, à entrer dans l’Histoire.
Jean-Claude Djéréké



