Élections législatives et municipales : Elecam mobilise ses équipes, mais la confiance reste le véritable défi
À quelques mois des élections législatives et municipales, Elections Cameroon (Elecam) multiplie les messages de mobilisation et met en avant les avancées techniques du système électoral camerounais. Sur le terrain pourtant, citoyens, acteurs politiques et observateurs continuent d’interroger la capacité de l’institution à organiser un scrutin inclusif et suffisamment crédible dans un contexte marqué par des défis sécuritaires persistants et une confiance fragile.

Dans les locaux d’Elecam à Yaoundé, en cette fin de matinée, quelques électeurs patientent devant les guichets d’inscription. Des agents orientent les visiteurs tandis que des affiches invitent les citoyens à vérifier leur inscription sur les listes électorales. À plusieurs centaines de kilomètres de là, à Namur, en Belgique, le président du Conseil électoral d’Elecam, Enow Abrams Egbe, participait récemment aux travaux du Réseau des compétences électorales francophones (Recef), où il a présenté l’expérience camerounaise en matière d’organisation des scrutins.
De retour au pays, le responsable électoral a mis en avant les progrès réalisés depuis la création de l’institution : biométrie, modernisation progressive des opérations électorales, décentralisation de l’enrôlement et coopération avec plusieurs partenaires internationaux. Sur le terrain cependant, les préoccupations des citoyens portent moins sur les outils techniques que sur la crédibilité globale du processus. « Je suis inscrit depuis plusieurs années et je vote à chaque élection. Mais beaucoup de jeunes autour de moi ne croient plus vraiment que leur vote peut changer quelque chose », confie Abdoulaye, commerçant rencontré au marché central de Yaoundé.
Au quartier Mvan, Mireille Noga, étudiante en master, partage un constat similaire. « On nous encourage à nous inscrire, mais les débats reviennent toujours sur la transparence du processus et sur la confiance envers les institutions », explique-t-elle.
Parmi les observateurs critiques, les avancées enregistrées par Elecam sont généralement reconnues. « Il serait injuste d’affirmer qu’il n’y a eu aucun progrès », estime un responsable d’organisation de la société civile impliquée dans l’observation électorale. « La biométrie et la professionnalisation progressive du personnel ont amélioré plusieurs aspects du processus. Mais la technique ne suffit pas à résoudre les questions de confiance politique ».
Selon Elecam, plus de 120 000 nouveaux électeurs ont déjà été enregistrés dans le cadre des opérations de révision des listes électorales. Pour certains observateurs, ces chiffres doivent toutefois être analysés à la lumière des disparités régionales. Dans l’Extrême-Nord, plusieurs communes continuent de faire face aux conséquences des attaques de groupes armés. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les effets de la crise anglophone compliquent encore les opérations administratives et électorales. À Kolofata, près de la frontière nigériane, Dalhadam Zougoudam, enseignant rencontré lors d’un déplacement dans la zone soulignait les difficultés rencontrées par certaines populations déplacées. « Beaucoup de personnes ont changé plusieurs fois de lieu de résidence. Pour elles, les démarches administratives ne sont pas toujours simples », explique-t-il.
Au-delà des contraintes logistiques, c’est surtout la question de l’indépendance institutionnelle qui continue d’alimenter les débats. Interrogé sur les critiques adressées à Elecam, Enow Abrams Egbe
affirme régulièrement que celles-ci participent à la vitalité démocratique du pays. Du côté de l’opposition et d’une partie de la société civile, les interrogations persistent notamment sur le mode de nomination des membres du Conseil électoral et sur l’autonomie réelle de l’institution.
Contacté, un responsable régional d’Elecam assure que l’institution est pleinement engagée dans la préparation des prochaines échéances électorales. « Nos équipes sont déployées sur le terrain. Des campagnes de sensibilisation sont en cours et les opérations de révision des listes se poursuivent conformément au calendrier établi », explique-t-il.
À quelques mois des législatives et municipales, les enjeux dépassent toutefois la simple organisation matérielle du vote. Pour de nombreux citoyens, la question centrale demeure celle de la confiance. Car si la mobilisation institutionnelle est aujourd’hui visible, la capacité du processus électoral à convaincre les électeurs, notamment dans les zones les plus fragiles du pays, constituera l’un des principaux tests de ces prochaines échéances. Au Cameroun, la mécanique électorale peut être mise en mouvement. Mais c’est encore la confiance des citoyens qui déterminera, en grande partie, la légitimité du scrutin à venir.
Tom.



