Commerce régional : la CEMAC accélère le chantier des frontières intelligentes

La modernisation des frontières de l’Afrique centrale franchit une nouvelle étape. Une délégation technique de la Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) effectue actuellement une mission de travail à Abidjan, en Côte d’Ivoire, auprès de l’entreprise Scanning Système, spécialisée dans les solutions de contrôle et de sécurisation des flux commerciaux transfrontaliers.

Cette visite s’inscrit dans le cadre du vaste projet communautaire de création des postes de contrôle juxtaposés (PCJ), un dispositif appelé à transformer durablement les échanges entre les six États membres de la sous-région : le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad.
Inspiré des meilleures pratiques observées sur plusieurs corridors africains, le concept de poste de contrôle juxtaposé repose sur un principe simple : regrouper, sur un même site et dans une logique de guichet unique, les administrations des deux pays frontaliers concernées. Douanes, police, services vétérinaires, contrôle phytosanitaire et immigration opèrent ainsi de manière coordonnée afin de réduire les délais de passage des marchandises et des personnes.
Pour la CEMAC, l’enjeu dépasse largement la seule question logistique. Dans une région où les coûts du transport figurent parmi les plus élevés du continent et où les formalités administratives demeurent une source majeure de ralentissement des échanges, la fluidification des corridors commerciaux apparaît comme une condition indispensable à la compétitivité des économies nationales.
Le partenariat engagé avec Scanning Système vise précisément à intégrer aux futurs postes des équipements technologiques de dernière génération : scanners de conteneurs et de véhicules, systèmes de traçabilité, plateformes numériques de gestion des flux et dispositifs de contrôle automatisé des marchandises. L’objectif est double : renforcer la sécurité des échanges tout en réduisant les temps d’attente aux frontières.
Selon plusieurs études régionales, les transporteurs peuvent aujourd’hui perdre plusieurs heures, voire plusieurs jours, lors du franchissement de certaines frontières de la sous-région en raison de la multiplicité des contrôles et des procédures redondantes. Une situation qui alourdit les coûts logistiques et pénalise la circulation des biens produits localement.
La création des postes de contrôle juxtaposés s’inscrit ainsi dans la stratégie plus globale de la CEMAC visant à stimuler le commerce intra-communautaire, lequel demeure inférieur à 5 % des échanges extérieurs des pays membres, l’un des taux les plus faibles des communautés économiques africaines.
Au-delà des infrastructures, le projet ambitionne de faire émerger une véritable culture de coopération administrative entre États voisins, condition essentielle à la réussite de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
À Abidjan, la Commission de la CEMAC ne vient donc pas seulement étudier une solution technique. Elle prépare l’architecture des frontières de demain : des frontières moins synonymes de barrières que de passerelles au service du commerce régional et de l’intégration africaine.
Rémy. Biniou.



