Budget du Cameroun 2026 : le Cradec à l’assaut de la justice fiscale

Réunis à l’hôtel Albatros, la société civile et les élus de la nation tracent les lignes d’une souveraineté budgétaire accrue, entre taxation des géants du numérique, réformes environnementales et soutien à la production locale. Un nouveau cap pour les finances publiques et la souveraineté économique du Cameroun

Ce 25 juin 2026 s’est tenue à l’hôtel Albatros de Yaoundé une table ronde cruciale organisée par le CRADEC, en partenariat avec Tax Justice Network Africa et le gouvernement du Royaume-Uni, réunissant parlementaires, société civile et journalistes pour restructurer la gouvernance budgétaire face à un diagnostic préoccupant. Alors que le ratio fiscal/PIB du pays plafonne à 13,9 % contre un objectif africain de 27 %, et que la dette publique atteint 44,3 % du PIB, les participants ont formulé une feuille de route autour de cet axe majeur pour le Débat d’Orientation Budgétaire (DOB) 2026 et la Loi de Finances 2027. Ces priorités incluent l’adoption de la note d’orientation de la table ronde, l’interpellation du Minfi sur les engagements internationaux (BSG, ITIE, AML/CFT), la publication d’un rapport annuel sur les dépenses fiscales avec analyse d’impact genre, et le déploiement de mesures urgentes pour sortir le Cameroun de la liste de surveillance UE/GAFI 2026. Pour financer le développement sans aggraver la dette, l’accent a été mis sur la captation de nouvelles ressources, notamment par la taxation des bénéfices colossaux générés au Cameroun par les services d’intelligence artificielle comme GPT (ChatGPT) et les grandes plateformes du net.
L’intervenant a vigoureusement dénoncé une situation devenue intenable : les propriétaires de ces applications numériques brassent des milliards de FCFA sur le territoire national sans reverser le moindre centime à l’État camerounais ; face à ce constat, le CRADEC souhaite amener l’État Camerounais à mettre sur pied d’urgence un mécanisme de taxation dédié à ces flux. En parallèle, d’autres niches fiscales ont été passées au crible, à l’instar de la taxe foncière qui n’a rapporté que 20 milliards de FCFA en 2025 en raison d’un grand nombre de propriétés non déclarées. Les participants ont ainsi relevé le fait que si la taxe foncière était appliquée à tous, l’État verrait son assiette fiscale bien pleine et disposerait à coup sûr de plus de moyens dans l’atteinte de ses objectifs. Enfin, ils ont exigé la transparence totale dans l’exploitation forestière et l’exploitation de l’or, deux milieux qui ont été ouvertement qualifiés de milieux opaques et qui nécessitent un contrôle rigoureux pour stopper les fuites de capitaux et mieux encadrer les exonérations fiscales.
Pour une fiscalité inclusive, écologique et protectrice de la production locale
Au-delà des réformes purement financières, les travaux ont mis en relief la nécessité d’une fiscalité humaine, progressive et sensible au genre, proposant la suppression de la… TVA sur les produits d’hygiène féminine, l’indexation de l’impôt sur le revenu face à l’inflation et des régimes adaptés pour soutenir les femmes entrepreneures. La question environnementale a également été intégrée à travers la proposition d’un contrôle strict des produits plastiques aux frontières et la mise en place d’un système de consigne obligatoire des bouteilles par les entreprises de commercialisation. Sur le plan de la souveraineté alimentaire, un sénateur du Nord a vigoureusement dénoncé le paradoxe des subventions aux importations qui étouffent les producteurs locaux, citant l’exemple du maïs national invendable face à la concurrence étrangère à bas prix, et réclamant une protection immédiate de l’agriculture camerounaise. En transformant la méthode de collaboration par des contributions désormais appuyées sur des données chiffrées et fiables, le CRADEC et le caucus parlementaire ont scellé une alliance de cinq années pour faire du budget de l’État un outil transparent, équitable et un véritable levier de développement économique participatif.
Marie Noelle Etoungou



