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Finance : la COSUMAF décide de changer le scénario

Webinaires, salons, documentaires, capsules vidéo et campagnes numériques : en Afrique centrale, la pédagogie financière quitte les salles de réunion pour investir les écrans, les foires commerciales et les réseaux sociaux. Une révolution silencieuse portée par le régulateur qui entend faire de la Bourse un sujet de conversation aussi familier que le crédit bancaire.

Le siège de la COSUMAF

Pendant longtemps, les autorités de régulation financière ont cultivé une réputation d’institutions aussi discrètes qu’un rapport d’audit de 400 pages laissé sur une étagère. Le régulateur parlait essentiellement le langage des circulaires, des instructions prudentielles et des règlements communautaires. Le grand public, lui, regardait ailleurs.

À l’occasion du symposium africain du Réseau international d’éducation financière de l’OCDE organisé à Cape Town, l’autorité du marché financier de la CEMAC a dévoilé une stratégie qui emprunte davantage aux recettes des grandes marques qu’aux habitudes des superviseurs financiers : faire connaître avant de faire investir.

L’idée peut sembler évidente. Elle ne l’était pourtant pas dans une région où la finance de marché souffre encore d’un déficit chronique de visibilité. Pour une majorité d’épargnants d’Afrique centrale, la Bourse demeure un objet financier non identifié, souvent confondu avec un univers réservé aux grandes entreprises, aux banques ou aux investisseurs institutionnels.

Visibilité
La réponse de la COSUMAF tient en un mot : visibilité. Depuis plusieurs années, l’institution communautaire multiplie les opérations de communication et les rendez-vous publics. Aux côtés de la traditionnelle réglementation apparaissent désormais des webinaires, des rencontres virtuelles gratuites, des campagnes sur les réseaux sociaux, des vidéos pédagogiques et même des documentaires consacrés au fonctionnement des marchés financiers.

La célèbre World Investor Week, organisée en partenariat avec IOSCO, est venue rejoindre la Global Money Week dans l’arsenal pédagogique du régulateur. À cela s’ajoutent les « COSUMAF Focus », une série de rencontres numériques destinées à vulgariser les mécanismes du marché régional et à présenter les opportunités offertes aux entreprises comme aux particuliers.

Autre terrain de conquête : le célèbre Salon Promote, devenu au fil des éditions un laboratoire de sensibilisation auprès des PME d’Afrique centrale. Beaucoup découvrent alors qu’il existe d’autres solutions de financement que le traditionnel rendez-vous avec son banquier. La philosophie est simple : si les investisseurs ne viennent pas spontanément vers le marché financier, alors le marché financier ira vers eux. « La finance moderne est devenue une économie de l’attention », analyse l’économiste camerounais Dieudonné Essomba. « Avant même de lever des capitaux, il faut lever l’ignorance et la méfiance. La pédagogie est désormais une infrastructure financière au même titre qu’une plateforme de cotation. »

Cette mutation traduit surtout une évolution profonde du rôle des régulateurs. Leur mission ne se limite plus à surveiller les intermédiaires ou à sanctionner les manquements réglementaires. Ils doivent également expliquer les règles du jeu, rassurer les investisseurs et construire la confiance indispensable au développement du marché.
Dans les économies de la CEMAC, où le financement bancaire demeure largement dominant, la bataille est d’abord culturelle. Une entreprise qui ignore qu’elle peut émettre des obligations ne le fera jamais. Un épargnant qui ne connaît pas les OPCVM ne demandera jamais à y investir.

« Un marché financier inconnu est un marché financier inutilisé », résume pour sa part un spécialiste de l’éducation financière au sein de l’OCDE. « La notoriété précède toujours la profondeur du marché. »
Les premiers signaux semblent d’ailleurs donner raison à cette stratégie : progression des audiences numériques, intérêt croissant des étudiants pour les métiers de la finance de marché, hausse des demandes de stages et multiplication des opérations sur la place financière régionale.

Le régulateur découvre ainsi une vérité bien connue des entreprises privées : même les meilleurs produits ont besoin d’être expliqués pour être adoptés.

La finance africaine apprend donc progressivement les codes du marketing contemporain. Non pour vendre des promesses, mais pour vendre une idée plus simple et peut-être plus révolutionnaire encore : celle selon laquelle la Bourse n’est pas un club fermé réservé aux initiés.

Après tout, un marché financier qui reste silencieux ressemble un peu à une boutique sans enseigne : elle peut être pleine d’opportunités, encore faut-il que quelqu’un sache qu’elle existe.

Jean-René Meva’a Amougou

La COSUMAF prépare l’acte II de l’éducation financière en Afrique centrale

Après les forums, les campagnes et les webinaires, le régulateur financier communautaire veut passer à la vitesse supérieure. À Cape Town, la COSUMAF a dévoilé les contours d’une stratégie régionale destinée à faire de la culture financière un levier de développement économique.

Pendant longtemps, l’éducation financière en Afrique centrale a avancé par touches successives. Une conférence ici, un atelier là, quelques interventions dans les universités, des journées portes ouvertes ou des webinaires organisés à l’occasion de la Semaine mondiale de l’investisseur ou de la Global Money Week. Des initiatives utiles, parfois innovantes, mais souvent dispersées.
À Cape Town, en marge du symposium africain du Réseau international d’éducation financière de l’OCDE, la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale a annoncé vouloir changer de dimension. L’heure n’est plus à l’accumulation d’actions ponctuelles mais à la construction d’une véritable politique régionale d’éducation financière.
Le chantier est ambitieux : bâtir un cadre cohérent capable d’embrasser les six pays de la CEMAC et l’ensemble des catégories de population, des élèves aux chefs d’entreprise, des fonctionnaires aux épargnants des zones rurales. « Nous voulons passer d’une logique d’événements à une logique d’écosystème », confie une source interne au régulateur communautaire. « L’enjeu n’est plus seulement de sensibiliser mais de créer des réflexes durables en matière d’épargne, d’investissement et de gestion financière. »
Pour mener à bien cette transformation, la COSUMAF bénéficie de l’appui du programme d’assistance technique de PIDG Technical Assistance ainsi que de l’accompagnement d’un cabinet spécialisé chargé de finaliser la stratégie régionale. Selon plusieurs sources internes à l’institution, le futur dispositif reposera sur des indicateurs harmonisés, des programmes adaptés aux différents publics et des mécanismes d’évaluation permettant de mesurer l’impact réel des campagnes menées dans les États membres. Car le diagnostic est désormais largement partagé. Malgré une capitalisation qui dépasse aujourd’hui les 1 700 milliards de FCFA, le marché financier régional reste encore modeste au regard des standards internationaux. Plus encore, il demeure insuffisamment connu des populations qu’il est pourtant censé financer.
Dans l’imaginaire collectif, la Bourse continue souvent d’apparaître comme une affaire réservée aux banques, aux multinationales ou à une élite financière difficilement accessible au citoyen ordinaire.

Résultat
L’épargne des ménages continue de se diriger principalement vers les circuits traditionnels, tandis que de nombreuses entreprises ignorent encore les possibilités offertes par les émissions obligataires ou les introductions en Bourse. « La faiblesse de la culture financière constitue aujourd’hui l’un des principaux freins au développement du marché régional », reconnaît un responsable de la COSUMAF impliqué dans le projet.

Le paradoxe est pourtant frappant. Jamais les besoins de financement des économies d’Afrique centrale n’ont été aussi importants. Infrastructures de transport, énergie, industrialisation, transformation locale des matières premières, transition numérique : partout les besoins de capitaux de long terme s’accumulent.

Or ces financements ne pourront durablement provenir des seuls budgets publics ou du crédit bancaire. La future stratégie entend donc investir des terrains jusqu’ici peu explorés par les régulateurs financiers : l’école, les universités, les plateformes numériques, les réseaux sociaux, les médias de proximité ou encore les organisations communautaires. Selon des sources proches du dossier, un accent particulier devrait être mis sur les jeunes, les femmes entrepreneures et les PME, considérés comme les futurs moteurs de la démocratisation de l’investissement en Afrique centrale. La démarche s’inscrit également dans une logique assumée de benchmark international. Les expériences menées en Afrique du Sud, au Maroc ou dans plusieurs pays asiatiques sont actuellement étudiées afin d’identifier les mécanismes les plus efficaces en matière de pédagogie financière.

Car les régulateurs ont eux aussi compris qu’ils avaient intérêt à apprendre les uns des autres. L’éducation financière est devenue un sujet stratégique bien au-delà des salles de marché. Comprendre un taux d’intérêt, mesurer un risque d’endettement ou savoir diversifier son épargne relève désormais de la citoyenneté économique autant que de la finance. « Notre objectif n’est pas de fabriquer des spéculateurs », résume un haut responsable de la COSUMAF sous couvert d’anonymat. « Nous voulons former des citoyens capables de comprendre les mécanismes financiers qui organisent désormais l’économie moderne.»

Dans une Afrique centrale engagée dans la recherche de nouveaux moteurs de croissance, cette ambition pourrait bien constituer l’un des investissements publics les plus rentables de la décennie. Car avant de construire des marchés financiers profonds, il faut d’abord construire la confiance. Et avant de lever des capitaux, il faut apprendre à parler la langue de la finance.

Jean-René Meva’a Amougou

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