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Patrimoine culturel : à New Bell, la résistance silencieuse des langues nationales

Face au recul des langues nationales, associations, familles et gardiens des traditions multiplient les initiatives pour assurer leur transmission.

Sous un hangar aménagé à proximité de la chefferie de New Bell, dans l’arrondissement de Douala II, une dizaine d’enfants répètent timidement quelques expressions en duala. Assis sur des bancs en bois, cahiers ouverts devant eux, ils écoutent attentivement les explications de leurs aînés. « Dites encore : Mbolo ! », lance l’animateur. En chœur, les enfants reprennent le mot sous les applaudissements des parents venus assister à la séance.

La scène peut paraître anodine. Pourtant, pour les organisateurs, elle revêt une importance capitale : préserver les langues nationales menacées par les mutations sociales et culturelles.

À Douala, métropole cosmopolite où se côtoient des populations venues des quatre coins du Cameroun, la transmission des langues maternelles est devenue un véritable défi. Dans les quartiers populaires comme New Bell, Bépanda ou Bonabéri, le français, le pidgin et parfois l’anglais dominent largement les échanges quotidiens.
« Mes enfants parlent surtout français à la maison. Ils comprennent le Duala, mais ils ont du mal à le parler correctement », reconnaît Pauline, mère de famille rencontrée à New Bell. Comme elle, de nombreux parents privilégient les langues officielles, convaincus qu’elles favorisent la réussite scolaire et professionnelle.

Plusieurs langues nationales sont de moins en moins pratiquées par les jeunes générations. Face à cette réalité, des communautés locales ont décidé de réagir. À New Bell, des associations culturelles organisent régulièrement des ateliers de transmission linguistique pendant les vacances scolaires. L’objectif est simple : reconnecter les enfants à leurs racines.

« Une langue qui disparaît, c’est une partie de notre histoire qui s’efface », explique Jean-Claude Mbarga, responsable d’une association culturelle. « Nous voulons que les jeunes puissent au moins comprendre, parler et transmettre la langue à leur tour ».
Durant les séances, les enfants apprennent les salutations traditionnelles, les proverbes, les chants et les contes hérités des anciens. À travers ces activités, les organisateurs espèrent susciter chez les plus jeunes un sentiment d’appartenance culturelle.

Dans les chefferies traditionnelles de la ville, la mobilisation s’intensifie également. Les cérémonies coutumières sont désormais mises à profit pour encourager l’usage des langues locales. « Nous insistons pour que certaines interventions se fassent dans la langue de la communauté », confie un notable Sawa rencontré à Deido. « C’est une manière de maintenir vivante notre identité ».
Le combat se poursuit aussi sur le terrain numérique. Dans plusieurs quartiers de Douala, de jeunes passionnés de culture investissent les réseaux sociaux pour promouvoir les langues nationales. Capsules vidéo, contes filmés, leçons de vocabulaire et émissions en direct se multiplient sur Facebook, TikTok et YouTube.

À Akwa, Rodrigue, étudiant de 24 ans, produit régulièrement de courtes vidéos en duala et en bassa. « Les jeunes passent beaucoup de temps sur internet. Si nous voulons sauver nos langues, elles doivent exister sur les plateformes numériques », estime-t-il.

Malgré cette mobilisation, les obstacles demeurent nombreux. Le manque de manuels, l’insuffisance d’enseignants spécialisés et parfois le désintérêt de certaines familles freinent les initiatives. Plusieurs acteurs plaident d’ailleurs pour une implication accrue des pouvoirs publics dans l’enseignement et la promotion des langues nationales.

En attendant, dans les quartiers de Douala, associations, familles et gardiens des traditions poursuivent leur combat. Car pour eux, préserver les langues nationales ne relève pas seulement de la sauvegarde du patrimoine culturel ; c’est aussi transmettre aux générations futures une mémoire, des valeurs et une identité.

À New Bell, alors que la séance s’achève, les enfants quittent progressivement les lieux. Avant de partir, l’animateur leur lance une dernière consigne : « À la maison, essayez de parler avec vos parents dans votre langue ». Un défi que beaucoup promettent de relever.

Diane Kenfack

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