Quand la poésie devient musique : le « Concert du Tout-monde » électrise l’Institut Français du Cameroun
Une salle comble, des artistes venus d’horizons différents, des textes d’Édouard Glissant, d’auteurs camerounais, africains et caribéens sublimés par la musique. Vendredi soir, l’Institut français du Cameroun (IFC) de Yaoundé a offert bien plus qu’un spectacle : une célébration vibrante de la diversité culturelle et du dialogue entre les peuples.

Dès les premières notes, l’auditorium de l’IFC à Yaoundé a compris qu’il ne vivrait pas un concert ordinaire. Dans une salle remplie jusqu’aux derniers rangs, les applaudissements, les silences habités et les ovations ont rythmé près de deux heures d’une création artistique où poésie, musique et performance scénique se sont entremêlées avec une rare intensité. Le Concert du Tout-monde, présenté ce vendredi 3 juillet, marquait l’aboutissement de la résidence artistique « Triangle en création », lancée en janvier dernier sous la direction artistique du musicien et chef de chœur Ruben Binam. Inspirée par la pensée du philosophe et écrivain martiniquais Édouard Glissant, cette aventure créative avait pour ambition de faire dialoguer les cultures à travers la musique.
Sur scène, les univers de Seppo, Julie Benito, Diane Berenys, Le Caleb, Martino Ngalle, Joys Sa’a, Tonton Marcel et Cyndy Vox se sont croisés sans jamais se confondre. Chacun a apporté sa sensibilité, sa voix et son identité artistique pour construire une œuvre collective où les différences deviennent une richesse plutôt qu’une frontière. Le public a ainsi redécouvert des textes d’auteurs camerounais, africains et caribéens revisités en compositions musicales originales. Entre sonorités traditionnelles, influences contemporaines, jazz, gospel et musiques du monde, les artistes ont donné corps à la célèbre pensée d’Édouard Glissant : « Agis dans ton lieu, pense avec le monde ». « Ce projet montre que nos cultures ne s’opposent pas ; elles dialoguent », confiait Mami Habiba, une spectatrice à la sortie de la salle, encore marqué par l’intensité de la prestation. Pour de nombreux participants, le spectacle dépassait largement le cadre d’un simple concert pour devenir une véritable expérience artistique et humaine.
Au fil des tableaux, la mise en scène sobre, la qualité des arrangements et l’interprétation des artistes ont confirmé le travail de fond réalisé pendant plusieurs mois de résidence.
Les voix se répondaient, les instruments accompagnaient les mots sans les écraser, laissant toute leur place aux émotions et à la puissance des textes. À travers cette restitution, l’Institut français du Cameroun réaffirme également son ambition de faire de Yaoundé un espace de rencontre entre les disciplines artistiques, les générations et les imaginaires. Dans un contexte où les expressions culturelles cherchent sans cesse de nouveaux espaces d’expérimentation, « Triangle en création » apparaît comme un laboratoire fécond de coopération et d’innovation.
Au terme de la soirée, le public s’est levé pour saluer une création qui aura tenu toutes ses promesses. Plus qu’une succession de performances musicales, le Concert du Tout-monde aura rappelé qu’au-delà des frontières géographiques, linguistiques ou culturelles, l’art demeure l’un des plus puissants langages universels. Une démonstration éclatante que la pensée de Glissant continue de résonner avec force au Cameroun, là où le local et l’universel peuvent encore s’accorder dans une même harmonie.
Tom.



