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Transhumance : l’Afrique centrale cherche le mode d’emploi du vivre ensemble

Cameroun, Tchad, RCA. Trois pays, des frontières, mais un même troupeau qui les traverse. La transhumance transfrontalière met l’Afrique centrale devant une équation que les barrières administratives ne suffisent plus à résoudre : comment organiser la mobilité des éleveurs sans transformer la quête de pâturages en conflit pour la terre, l’eau et les récoltes ?

Une étude publiée le 28 août 2026 par Action contre la Faim replace cette question au centre du débat. Réalisée au Cameroun, au Tchad et en République centrafricaine, elle défend une idée simple : la mobilité pastorale ne peut être durablement gérée par chaque État dans son coin. Elle exige une gestion concertée, capable de garantir un accès équitable aux ressources agropastorales et de favoriser la cohabitation entre les populations.

Action contre la faim estime que le terrain impose cette évidence. Les troupeaux ne s’arrêtent pas aux frontières. Des éleveurs venus du Tchad traversent certaines localités camerounaises avant de poursuivre leur route vers la RCA, à la recherche d’herbe fraîche, d’eau et de résidus de récolte. Cette mobilité saisonnière devient problématique lorsque les couloirs pastoraux sont mal sécurisés, que les espaces se réduisent ou que les mêmes ressources sont convoitées par agriculteurs et éleveurs.

À en croire Action contre la faim, la réponse ne peut donc pas se limiter à surveiller les frontières. Elle doit commencer par organiser les parcours. Des axes de transhumance ont déjà été identifiés entre les trois pays. L’enjeu consiste désormais à les sécuriser, à les matérialiser et surtout à faire respecter les règles de circulation par l’ensemble des acteurs.

Cette approche suppose aussi de sortir du chacun-pour-soi institutionnel. En janvier 2026, un atelier interministériel organisé à Douala a travaillé sur une stratégie commune de gestion de la transhumance. Les participants ont insisté sur l’harmonisation des règles, le partage des données sur les mouvements de cheptel, la sécurisation des corridors et le renforcement de la coopération entre les administrations. La création d’un observatoire régional de la transhumance a également été proposée.

La sécurité constitue un autre morceau du puzzle. Dans les zones frontalières, les déplacements pastoraux se déroulent parfois dans des espaces marqués par l’insécurité et les conflits communautaires. La gestion concertée implique donc un dialogue permanent entre États, autorités locales, organisations d’éleveurs, agriculteurs et communautés d’accueil. Elle suppose aussi, lorsque cela est nécessaire, des mécanismes communs de prévention et de résolution des conflits.

L’enjeu est économique autant que sécuritaire. La transhumance participe à la production animale, aux revenus ruraux et à la sécurité alimentaire. La traiter uniquement comme une menace reviendrait donc à oublier qu’elle constitue aussi un mode d’adaptation aux variations des ressources et au climat. La FAO souligne d’ailleurs son rôle dans la résilience des systèmes d’élevage et dans les économies rurales des trois pays. Le véritable défi est finalement de faire coïncider une mobilité qui est régionale avec une gouvernance qui reste encore largement nationale.

B. O.

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