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Energie, protection des populations vulnérables : la facture cachée du feu au Moyen-Orient

Yaoundé absorbe, depuis février, les ondes de choc d’une guerre qui se joue à 6 000 kilomètres de ses frontières. Entre gel des prix à la pompe et arbitrages budgétaires douloureux, le gouvernement camerounais navigue à vue dans une tempête qu’il n’a pas déclenchée. Décryptage à partir des dernières projections du Minepat.

Le 28 février, un coup de tonnerre a résonné bien au-delà du Golfe Persique. Le déclenchement du conflit armé entre les États-Unis, Israël et l’Iran, suivi dès le 4 mars du blocus du détroit d’Ormuz, a propulsé le baril de Brent au-delà de 110 dollars en quelques semaines. Un cessez-le-feu signé le 8 avril n’a rien réglé sur le fond : le détroit reste paralysé, et avec lui près d’un cinquième du pétrole mondial. Classé « choc externe de catégorie 3 » par le FMI, l’événement expose crûment une vérité que Yaoundé préférerait ignorer : le Cameroun, importateur net de produits raffinés, n’a quasiment aucune prise sur son propre avenir énergétique.

Le dilemme des pompes à essence
À la Direction générale de l’économie et de la programmation des investissements publics (DGEPIP), qui a piloté l’étude, un chiffre résume l’urgence : au-delà de 75 dollars le baril, chaque dollar supplémentaire coûte directement au Trésor. Les autorités ont choisi, pour l’instant, de geler les prix à la pompe afin de protéger le pouvoir d’achat. Mais l’addition grimpe vite. En 2023, sous une pression comparable, la subvention aux carburants avait atteint 460 milliards de FCFA avant de refluer à 231 milliards en 2024. Un retour durable au-dessus de 100 dollars pourrait ramener la note à ces sommets — et le Minepat le confirme par la modélisation : dans le scénario du gel total, la charge de subvention avoisine 0,70 % du PIB dès 2026.

Le ministère a testé trois scénarios avec un modèle d’équilibre général calculable : gel intégral des prix, transmission partielle, transmission totale au consommateur. Résultat, contre-intuitif : c’est la voie médiane — répercuter la moitié du choc — qui minimise, sur trois ans, la perte de bien-être des ménages. Le gel total, censé protéger les plus pauvres, finit par les pénaliser davantage, car il assèche l’investissement public de 20 % sur la période et étouffe la croissance future. Un paradoxe qui devrait peser sur les arbitrages de la loi de finances 2027. ²Le BTP encaisse le premier coup: les simulations projettent un recul cumulé de la valeur ajoutée du secteur pouvant atteindre 14 %, ciment et acier importés obligent. L’agriculture, elle, souffre avec un temps de retard : la flambée du prix des engrais (+12 % en 2026) frappe surtout la campagne suivante, menaçant à la fois la sécurité alimentaire et la compétitivité du cacao et du café à l’export. Au global, la croissance réelle perdrait entre 1,9 et 2,3 points cumulés d’ici 2028, selon le scénario retenu.

Paradoxe supplémentaire: la balance courante, elle, s’améliorerait mécaniquement à partir de 2027. Non par vertu, mais parce que la demande intérieure s’effondre et importe moins. « Une amélioration en trompe-l’œil », note le rapport, qui est surtout le symptôme d’un appauvrissement — l’arrimage du franc CFA à l’euro privant la Banque centrale de tout levier de change face à un dollar qui s’apprécie.

Au-delà de l’urgence, le Minepat table sur six chantiers structurels. Notamment: l’accélération de la remise en service de la Sonara à Limbé et l’opérationnalisation de la nouvelle raffinerie C-STAR de Kribi; la diversification du mix énergétique; la transformation locale du cacao et du coton en lieu et place de l’exportation brute. A cela s’ajoute la production des engrais sur place, la modernisation des corridors logistiques et le parachèvement du Registre social unifié pour cibler les ménages vulnérables plutôt que des subventions généralisées.

Louise Nsana

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