BEAC : après les taux, le temps des fauteuils

La banque centrale change de mobilier sans changer de cap.

À la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), la politique monétaire ne s’arrête manifestement pas à la salle des marchés. Elle passe aussi par les bureaux. Le 28 août, la banque centrale a publié deux additifs relatifs à des appels d’offres destinés à l’acquisition de mobilier pour ses Services centraux à Yaoundé. Une actualité qui ne fera pas trembler le marché monétaire, mais qui raconte quelque chose de plus prosaïque : une banque centrale, aussi austère soit-elle, reste une administration avec des murs, des agents… et des chaises.
Les deux procédures concernent l’appel d’offres international ouvert n°107/BEAC/SG-DPMG/AOIO/Bien/2026, portant sur l’acquisition, en lots indépendants, du mobilier de bureau, et l’appel d’offres régional ouvert n°108/BEAC/SG-DPMG/AORO/Bien/2026, consacré notamment aux tables et chaises des Services centraux. Les additifs publiés le 28 août portent sur les dates limites de remise des offres.
Une banque centrale, ça s’entretient aussi
Derrière cette opération apparemment secondaire se dessine une activité administrative plus large. La BEAC multiplie en 2026 les procédures concernant ses infrastructures : équipements informatiques, maintenance, réseaux, installations électriques, gestion des eaux pluviales ou encore extension des Services centraux de Yaoundé. Elle a également lancé une sélection internationale pour l’automatisation de l’inventaire de son matériel et de son mobilier.
Autrement dit, le mobilier n’est pas une île. Il s’insère dans un chantier plus vaste de modernisation des outils et des conditions de fonctionnement de l’institution. Avec 2 647 employés originaires des six pays de la CEMAC recensés en octobre 2025, 23 centres dans les États membres et un siège à Yaoundé, la BEAC gère une véritable petite entreprise régionale, sauf qu’elle imprime la monnaie et pilote la politique monétaire.
Pour un économiste spécialiste des politiques publiques, ce type de dépense doit surtout être lu sous l’angle de la gouvernance : « Une institution monétaire crédible doit aussi disposer d’un environnement administratif et technique à la hauteur de ses missions. Le sujet n’est donc pas seulement le prix d’une table ou d’une chaise, mais la qualité de la procédure, la transparence de la commande et la rationalité de la dépense. »
La documentation officielle montre justement que la banque organise ses acquisitions par des procédures nationales, régionales ou internationales selon la nature des besoins. Cette architecture des marchés publics traduit une volonté de mise en concurrence et d’encadrement des achats.
À première vue, donc, pas de quoi convoquer le Comité de politique monétaire. Mais l’anecdote dit quelque chose de l’état de santé administratif de l’institution : pendant que la BEAC surveille les liquidités, les taux et les réserves, elle surveille aussi ses bureaux.
Et dans une banque centrale, même une chaise finit par avoir son importance : difficile de tenir longtemps la stabilité monétaire assis sur un mobilier qui ne l’est pas.
Jean -René Meva’a Amougou



