Duel MINAT-MRC : l’administration territoriale camerounaise refuse de reconnaitre Kamto comme président du MRC

Huit mois après une convention extraordinaire organisée en visioconférence, le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et le ministère de l’Administration territoriale (MINAT) s’affrontent de nouveau par courriers interposés.

Dans un bar du quartier Mélen à Yaoundé, Tankoua Cédric, militant du MRC affirme : « on voit le même scénario en 2018 et en 2020. L’administration utilise le droit pour museler l’opposition ». A sa gauche, Josépha, étudiante à l’université de Yaoundé I Yaoundé préfère nuancer : « les partis doivent aussi respecter les règles didon. Vous ignorez qu’une réunion, même en ligne, peut poser des problèmes si personne ne contrôle ? ». Merlin, assis autour de la table d’à côté défend l’action du ministère. Pour lui, « le MINAT applique simplement la loi. Personne n’est au-dessus de la loi ».
Dans une lettre datée du 28 août 2026, le MRC critique la réponse du ministre Paul Atanga Nji à propos d’une convention du parti tenue en ligne le 21 décembre 2025. Le parti estime que le ministère cherche à remettre en cause une réunion qu’il n’a pas réussi à empêcher.
L’origine de cette affaire remonte à l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Le MRC affirme que son candidat, Maurice Kamto, est écarté de la course à la magistrature suprême à la suite de décisions administratives contestées. Pour tenter de participer à l’élection, Kamto quitte alors le MRC et reçoit l’investiture du Manidem d’Anicet Ekanè. Mais de nouveaux conflits internes au sein de ce parti l’empêchent aussi d’être candidat.
Après son départ du MRC, le vice-président du MRC, Mamadou Mota, devient automatiquement président du parti. Consécutivement à l’affront essuyé par le Manidem, une convention extraordinaire doit alors permettre le retour de Maurice Kamto à la tête de sa formation politique, le MRC. Le 29 novembre 2025, le MRC prévoit de tenir cette convention à son siège de Yaoundé. Le parti explique avoir effectué une déclaration préalable, même s’il considère qu’aucune loi ne l’y oblige puisque la réunion doit avoir lieu dans ses propres locaux.
Deux jours avant l’événement, le sous-préfet de Yaoundé 4 interdit la réunion. Le MRC affirme que cette décision est prise à la demande d’un ancien militant exclu du parti. Pendant plusieurs jours, les forces de l’ordre occupent les abords du siège à Odza. Les autorités camerounaises évoquent un risque de troubles à l’ordre public. Ce que le parti conteste. Face à cette situation, le MRC décide d’organiser sa convention en ligne. Le 21 décembre 2025, les responsables et militants de ce parti se réunissent par visioconférence. Ils adoptent de nouveaux statuts, élisent un nouveau bureau et réinstallent Maurice Kamto comme président national.
Peu après, Joseph Thierry Okala Ebodé s’oppose à ce retour. Le conflit s’aggrave et il est finalement exclu du parti. Le 5 janvier 2026, le MRC transmet au ministère de l’administration territoriale et au gouverneur du Centre les documents issus de cette convention. Selon le parti, il s’agit simplement d’une transmission d’informations et non d’une demande d’autorisation. Le 19 août 2026, soit près de huit mois plus tard, Paul Atanga Nji répond par deux lettres dont l’une est adressée à Okola Ébodé et l’autre au directoire du MRC. Dans la seconde, le ministre dit avoir procédé à un « examen minutieux » d’une « requête ». Il refuse de valider les actes de la convention et invoque le non-respect des règles de déclaration prévues par la loi sur les réunions publiques.
Le MRC rejette cette interprétation. Dans sa réponse signée par Roger Noah, secrétaire général adjoint, le parti pose l’interrogation suivante : « comment une simple lettre de transmission de documents devient-elle une requête nécessitant un examen ? » Le MRC soutient également que la loi citée par le ministre concerne les réunions physiques et non les rencontres en visioconférence. Et le parti s’interroge : « pour une convention tenue en ligne, quel est le sous-préfet compétent ? »
Selon Claver Nama, responsable local du MRC dans la commune de Yaoundé 4, « c’est une tentative de fragiliser une formation politique qu’on n’a pas réussi à empêcher de se réunir ». Pour lui, « le parti considère la lettre du ministre comme une atteinte à sa liberté de fonctionnement ». Reste maintenant à savoir si cette affaire se termine devant les tribunaux ou si elle s’ajoute à la longue liste des conflits politiques restés sans suite.
Tom



