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Echecs scolaires au Cameroun : la « cuisine » à la barre

Les mauvaises performances scolaires de nos enfants sont étroitement liées à ce qu’ils mangent au quotidien, matin, midi et soir. De 1994 à 2026, en plus de trente années d’observation du contenu des repas de nos élèves de la maternelle et du primaire à l’école, je peux affirmer avec autorité et ceci en accord avec plusieurs scientifiques que « les performances scolaires de nos enfants commencent par leur alimentation ». L’impact de la malbouffe sur le cerveau de nos enfants à qui nous exigeons de bonnes notes tout en les gavant de produits toxiques impropres à la mise en valeur de leur potentiel est réel, les poussant à une réussite scolaire basée sur la chance et non sur le fruit de leurs efforts. Pour les mauvaises performances scolaires de nos enfants, je vais interpeler « la cuisine » en cette veille de rentrée scolaire.

Les scientifiques le disent depuis plus de 20 ans,
Les scientifiques le disent depuis plus de 20 ans, mais nous refusons de leur accorder l’attention nécessaire et pourtant tout commence à cet endroit insoupçonnable, inimaginable et impensable : la cuisine. Et son produit principal : le repas. C’est pourtant clair car « Pour apprendre le cerveau a d’abord besoin d’être bien nourri ».
Chaque matin, des milliers d’élèves traversent le portail de leur école avec pour certains uniquement de la farine et des sucreries comme repas de la journée. Résultat : somnolence avant 10 heures, trous de mémoire et les notes qui chutent.
En 2025, j’avais fait un article de presse sur la responsabilité des parents dans l’échec scolaire de leurs enfants. Aujourd’hui encore, les parents seront indexés car tous sont détenteurs des « clés » de la cuisine.
« Il n’y a pas d’élèves faibles, seulement des cerveaux sous-alimentés », disait un contemporain. La malnutrition n’est pas seulement la sous nutrition (ne pas manger assez), c’est aussi la surnutrition (trop mal manger). Le corps de l’enfant ne reçoit pas en temps réel ce dont il a besoin pour bien grandir et bien travailler à l’école. La malnutrition c’est aussi l’absence totale de l’alimentation ou le saut des repas. Dans certains cas, l’alimentation est monotone, peu variée et pas équilibrée.

Histoire
L’histoire que je vais raconter est vécue dans toutes les écoles primaires et maternelles du Cameroun, nos enseignants la vivent au quotidien.
« Un élève de 8 ans est conduit par son enseignant au bureau du Directeur. Il est triste et se tient le ventre : << Il a mal au ventre >> affirme l’enseignant. << As-tu déjà mangé ? >> Demande le Directeur. << Non monsieur >> Lui répond l’enfant. Le Directeur fait venir la dame de la cantine et lui dit : << Va avec cet enfant et sers-lui un repas. Après, qu’il revienne ici prendre son médicament >>
Quelques instants plus tard, l’élève revient seul dans le bureau du Directeur en courant, visiblement très joyeux et dit : <>. Le Directeur sourit à son tour et lui dit : <>. Ce Directeur avait tout compris, il n’avait aucun médicament à lui donner, il savait que cet enfant avait faim, il en connaissait les signes.

La famine fait mal au ventre
La famine fait mal au ventre. Rester affamé pour un enfant est quelque chose d’insupportable et c’est ce que vivent de nombreux élèves dans nos écoles, d’où les mauvais résultats que nous observons chaque année avec des moyennes annuelles inferieures à 16/20. Ces enfants ne sont ni paresseux, ni faibles, encore moins involontaires. Ils sont simplement mal, sous, trop ou non alimentés.
Ces constats de terrain sont confirmés par la science à travers plusieurs chercheurs. A ce sujet, voici ce que disent quelques experts :

  • Dr Charles Nelson de la Havard, spécialiste du développement du cerveau affirme que : << La mal nutrition avant l’âge de 2 ans abîme irréversiblement le QI de l’enfant>>
  • Pr. Meir Shalev est formel : << Un enfant qui a faim ne peut pas apprendre car son cerveau met l’apprentissage en veille pour vivre >>
  • Dr Elisabeth Zmuda, pédiatre est sans appel : << le petit déjeuner, le déjeuner et les collations soutiennent l’apprentissage. Les enfants bien nourris participent plus en classe et améliorent leurs résultats >>
  • Sehish Naveed de l’université de Finlande de l’Est reste constant : <>.
  • Dr Pattaneeya Prangthip de l’université Mahidol en Thailande est clair :
    << Les élèves qui mangent équilibrés ont de meilleures notes, un meilleur comportement, moins d’absence et font mieux leurs devoirs. >>
    Je l’affirme aujourd’hui après plus de trente années d’observation du comportement des tout-petits de la maternelle et du primaire entre 8 heures et 11 heures du matin dans plus d’une centaine d’écoles, qu’il existe une corrélation entre les performances scolaires et la ration de croissance recommandée aux jeunes. Et je comprends enfin la profondeur de ce vieux dicton que nous n’avons jamais pris au sérieux, et pourtant d’une vérité scientifique inestimable, s’apparentant toujours à une blague ponctuée de rires à tous les coups : « Ventre affamé n’a point d’oreille ». Qui ne l’a jamais dit parmi nous ? Moi en premier. Mais nous n’avons jamais été conséquent pour en tirer les bonnes conclusions, nous limitant à ce ventre vide qui n’avait encore rien reçu, pourtant sa qualité devrait en principe précéder sa quantité et sa régularité. Oui, le bourrage du ventre est la formule consacrée chez nous de manière involontaire, peu importe ce que nos enfants mangent à condition qu’ils salivent et avalent quelque chose pour calmer ce ventre qui grogne de manière interminable : c’est de la malbouffe. C’est vrai que < notre peuple périt faute de connaissances >. Imaginons cette malbouffe s’étalant sur les trois premières années d’existence d’un enfant, imaginons-la continuer sur les trois années scolaires en maternelle, sur les six années en primaire et sur les sept années du secondaire, un véritable désastre. La réussite scolaire dans ces conditions alimentaires relèvera plus de la chance que des talents liés à notre humanité divinisée. Car chaque être humain est un projet de Dieu, à condition d’entretenir ce corps qu’il nous a offert en le nourrissant convenablement.
    Il existe pourtant des aliments qui boostent la concentration et la mémoire de l’enfant, ce sont : Les œufs bouillis surtout le matin, l’avocat, les arachides et les noisettes, le poisson, le lait, la banane, le haricot, les légumes, de l’eau, les oranges (le matin), le riz, les féculents, les protéines, les légumes, les pistaches, du yaourt nature surtout en après-midi.
    En même temps, il existe des aliments qu’il faut bannir de l’alimentation de nos enfants, ce sont : L’excès de farine, les sucreries, les mauvaises huiles…. Nous devons surtout éviter le saut du petit déjeuner.

La mauvaise alimentation pour un enfant
La mauvaise alimentation pour un enfant est aussi le fait de sauter les repas ou d’avoir des repas trop riches en sucre, pauvres en protéines et en fer ou fait à base d’une eau sale, ou simplement de prendre des repas non équilibrés. Le cerveau est comme un moteur ou une batterie, si tu mets le mauvais produit, il se décharge rapidement.
Le pain garni est à la base de l’alimentation quotidienne de plusieurs élèves au Cameroun avec des conséquences terribles sur les performances scolaires.

  • Avec trop de mayonnaise et de cube, nous avons un excès de gras et de sel. Ce qui provoque la somnolence des élèves pendant les leçons et surtout un mal de ventre doublé des gaz qui indisposent.
  • Ce pain est souvent garni d’un excès de sucrerie (le sucre étant un carburant court qui brûle vite) provoquant un pic énergétique d’une heure suivi d’une grosse baisse d’énergie poussant les élèves à ne plus se concentrer. Le secret serait de préparer un chargement pauvre en sucre et riche en protéine à la maison et d’acheter ensuite du pain pour son garnissage le matin.
  • L’alimentation des élèves en pain est pauvre en protéines (la protéine est un carburant long qui est bon pour le cerveau). La conséquence de cette pauvreté est immédiate : trous de mémoire, lenteur dans la compréhension des explications.
  • L’alimentation des élèves en pain est pauvre en fer et en vitamines. La conséquence est instantanée : fatigue permanente, maux de tête, découragement surtout face aux leçons de mathématiques et de langues (la lecture). Ces élèves vont aux toilettes toutes les 30 minutes parce qu’ils sont constipés. Avec cet excès de sucre et de farine, ils prennent du poids, s’exposent aux caries et l’on note une baisse significative de leur immunité.
    Les conséquences de la mauvaise alimentation sont nombreuses :
    • L’enfant qui se nourrit essentiellement du pain prive son cerveau de protéine, de fer, d’Omega 3.
    • L’enfant qui ne prend pas son petit déjeuner perd ses trois premières heures de sa journée de classe, rien n’entre, il est perdu car a été dépouillé de 20% de sa concentration. Il est physiquement présent en classe mais absent de ses activités. Il fera une journée en classe et non une journée de classe. Il construira son échec jour après jour et semaine après semaine, jusqu’à sa déperdition scolaire inéluctable à cause d’une cuisine mal assurée. Son orientation après l’obtention du baccalauréat sera problématique et les familles procéderont par tâtonnement. Certains perdent jusqu’à cinq ans avant de retrouver une voie dans leur future vie professionnelle.
    • Un enfant qui ne prend que le pain le matin ne conserve que les 30% de ses capacités. Il écoute mais n’assimile pas ses leçons. Il étudie mais oublie vite. Il est puni pour ses mauvaises notes pourtant c’est parce qu’il n’est pas bien nourri. Il travaille mal pourtant il est intelligent, un vrai paradoxe.
    Le pain n’est pas un ennemi, il le devient quand il est seul ou mal garni (avec trop de sucre ou trop d’huile de qualité douteuse). La plupart des enfants qui vont à l’école sans petit déjeuner ont une carence en fer et ont une baisse de leur QI (Quotient Intellectuel), ils sont absentéistes à cause des maladies d’origine alimentaire.

Le QI se construit avec ce que l’enfant mange de 0 à 10 ans
Le QI se construit avec ce que l’enfant mange de 0 à 10 ans. Il sera alors un apprenant lent ou un apprenant rapide en fonction de la capacité de son cerveau à réfléchir, tout dépendra de l’oxygénation de ce dernier. L’on parlera alors de retard mental pour certains et de surdoués pour d’autres. Un enfant malnutri perd en moyenne 15 points de QI, car plus tu es malnutri, plus ton QI baisse.

Un élève avec un QI inférieur à 70 est en grave difficulté. Pour un QI compris entre 70 et 90, on est en face d’un apprenant lent qui a besoin de soutien. Un élève normal, c’est-à-dire moyen, a un QI compris entre 90 et 109. Un élève intelligent a un QI compris entre 110 et 119. Les élèves très intelligents ont des QI supérieurs à 120.
Je vous propose quelques aliments locaux pour remédier à ces situations scolaires inconfortables : les œufs, la banane, du haricot, du plantain, les légumes, les pistaches, de la bouillie enrichie, les fruits de saison, les arachides, de l’eau…
Ci-dessous une proposition alimentaire quotidienne pour nos enfants, très simple :
. Au petit déjeuner : un féculent + une protéine + fruit ou légume, une bouteille d’eau (un litre) pour la journée.
. Aux différentes pauses : un féculent + fruit ou légume + une protéine.

Un enfant qui a faim
Un enfant qui a faim développe plusieurs types de stress et oublie facilement tout ce qu’il a appris. Un enfant stressé ne peut pas se concentrer pendant plus de cinq minutes. Le pédiatre Dr Cathérine Gueguen déclare : « Un enfant stressé ne peut pas apprendre, son cerveau est occupé à se protéger ». La malnutrition provoque quatre types de stress : le stress psychologique, le stress cognitif, le stress émotionnel et social, le stress du comportement. Ces différents stress participent activement à la baisse des performances scolaires des enfants et à leur échec.

Nourrir un enfant n’est pas seulement remplir son ventre, c’est remplir et préparer son avenir. La majorité des élèves qui ont de bonnes performances scolaires s’alimente bien presque identiquement. Tout comme les contreperformances scolaires des autres sont étroitement liées à une mauvaise alimentation, à une absence totale d’alimentation, à une sous-alimentation ou à une suralimentation. Un enfant malnutri ne verra pas son cerveau grandir, se développer et fonctionner comme il le faut. Il n’obtiendra que des résultats scolaires catastrophiques. Il est temps de redonner à la « cuisine » ses lettres de noblesse pour des performances scolaires à la hauteur des attentes des parents. Nos enfants n’ont pas seulement besoin d’être dans de bonnes écoles, ils ont aussi besoin d’être bien nourri. Bien former un enfant coûte cher, c’est un investissement long qui exige beaucoup de sacrifices. Je vois d’ici certains dire qu’ils ont réussi dans la vie pourtant ils n’avaient qu’un seul repas en famille par jour durant leur enfance, qu’ils passaient deux nuits sur trois le ventre vide et que cette souffrance les a rendus plus forts. Je leur dis qu’ils ne peuvent pas comparer les deux époques car le changement climatique et les mauvaises habitudes de nos jours dans tous les domaines de la vie ont fragilisé le corps humain même si l’espérance de vie a beaucoup évoluée.

Domtchouang Guy Francois
Enseignant Chercheur indépendant
Conseiller Pédagogique
Yaoundé _ Cameroun

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