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CEMAC -FMI : la preuve avant l’épreuve

Les promesses vont passer à l’épreuve des chiffres. En octobre, le FMI revient chercher les preuves.

Autour de la table des discussions
à Washington le 8 septembre 2026

 Bientôt octobre. Le mois où la CEMAC devra sortir son cahier de réformes, lisser les pages cornées et présenter sa copie au Fonds monétaire international. Après la rencontre du 8 septembre dernier à Washington entre le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, et Zeine Zeidane, directeur du Département Afrique du FMI, le décor est planté : les discussions sur les « assurances régionales », suspendues depuis décembre 2025, doivent reprendre. Les missions des services du Fonds annoncées pour octobre auront précisément pour tâche d’évaluer les progrès accomplis, avant une éventuelle validation de la revue en décembre.

Contraste

 La CEMAC arrive pourtant à ce rendez-vous avec quelques bonnes nouvelles dans la poche. Selon les chiffres présentés  à Washington par Yvon Sana Bangui, la croissance régionale atteint environ 3 %, le déficit budgétaire 2,7 % du PIB, l’inflation 2,2 %, tandis que les avoirs extérieurs nets de la BEAC ont bondi de 50,8 % à 4 523,1 milliards de FCFA. Les réserves couvriraient plus de quatre mois d’importations. Le gouverneur peut donc parler de résilience et même de stabilité monétaire et financière. Mais, en économie comme au bac, une bonne introduction ne garantit pas la moyenne finale. Le FMI veut regarder les notes de bas de page. « Le tableau est plutôt rassurant. Mais il serait imprudent de confondre photographie et film. Car derrière ces indicateurs, la CEMAC reconnaît elle-même qu’il reste du travail. Les trajectoires budgétaires doivent être crédibles et soutenables. La COBAC doit renforcer ses effectifs. Une nouvelle loi bancaire doit être élaborée. Le dispositif de surveillance multilatérale doit être révisé. Bref, la maison tient debout, mais quelques échafaudages restent encore en place », prévient Hasley Dimodi Mbangue, ingénieur financier.

Cameroun

Le premier poids lourd régional présente une croissance projetée à 3,3 % en 2026, avec une inflation attendue à 2,9 %. Le FMI juge les perspectives « prudemment favorables », mais souligne les risques liés aux finances publiques, aux besoins de financement, aux exportations et aux réserves régionales. Surtout, le Fonds pointe la lenteur de certaines réformes structurelles et la difficulté à transformer les engagements en changements durables. Pour le Cameroun, le grand oral portera donc moins sur la capacité à annoncer des réformes que sur celle à les exécuter. Le FMI résume lui-même le problème : « Slow reform implementation has hindered growth potential. » Autrement dit : les réformes avancent, mais parfois à la vitesse d’un dossier administratif égaré dans un couloir.

Divergence

 Et le Cameroun n’est pas seul dans la salle. Les six économies ne présentent ni les mêmes performances ni les mêmes vulnérabilités. La Banque mondiale estime que la croissance de la CEMAC, après 2,6 % en 2025, devrait atteindre en moyenne 3,2 % sur 2026-2028, tout en avertissant que la région demeure exposée aux chocs mondiaux, aux matières premières, aux conflits et aux retards de réforme. Le Tchad et la RCA ont affiché les performances les plus dynamiques en 2025, tandis que le Gabon et surtout la Guinée équatoriale restent pénalisés par le recul de la production pétrolière. Derrière le sigle commun, il y a donc six économies, six budgets, six urgences et une même monnaie.« « Les six pays partagent une monnaie et des institutions communes, mais ne disposent ni des mêmes ressources, ni des mêmes contraintes budgétaires, ni des mêmes trajectoires économiques. Faire entrer cette diversité dans une mécanique régionale uniforme est un exercice qui exige autant de diplomatie que de tableurs », glisse Norbert Owono Manga, économiste.

Dette

 Le deuxième sujet du grand oral sera moins poétique : la dette. C’est elle qui rappelle aux gouvernements que les milliards empruntés finissent toujours par revenir réclamer leur dû, généralement avec intérêts et sans sens de l’humour. Le FMI demande à la CEMAC d’améliorer la gestion de la dette, l’apurement des arriérés, la mobilisation des recettes intérieures et l’application des règles de convergence. Le cas congolais illustre la difficulté de l’exercice, tandis que plusieurs Etats doivent composer avec des marchés régionaux de titres publics sous pression. La question n’est donc pas seulement de financer les déficits, mais de savoir jusqu’où la région peut emprunter sans comprimer le crédit au secteur privé ni fragiliser davantage ses finances.

Banques

Il faudra aussi parler aux banquiers, ces gens qui ont l’élégance particulière de regarder un déficit avec une calculatrice plutôt qu’avec une émotion. Le renforcement de la COBAC, l’élaboration d’une nouvelle loi bancaire et la révision du dispositif de surveillance multilatérale figurent parmi les chantiers évoqués par la BEAC. Yvon Sana Bangui défend par ailleurs une approche des assurances régionales « mieux adaptée aux réalités et spécificités » des économies de la CEMAC. L’idée, précise-t-il, n’est pas de renoncer à la discipline macroéconomique, mais de mieux articuler les engagements communautaires avec les programmes conclus individuellement par les Etats avec le FMI. C’est là que le mot « régional » prend tout son poids : une difficulté nationale peut devenir une faiblesse collective.

Réserves

 Car au fond, c’est le coffre-fort de la BEAC que tout le monde surveille du coin de l’œil. La remontée des avoirs extérieurs nets à 4 523,1 milliards de FCFA constitue un signal favorable, mais elle ne dispense pas de prudence. La Banque mondiale rappelle que les économies de la CEMAC restent très dépendantes des hydrocarbures et des matières premières, tandis que les déficits budgétaires se sont creusés en 2025 sous l’effet de recettes pétrolières moins dynamiques et de fortes pressions sur les dépenses. L’enjeu est donc de transformer une embellie des réserves en amortisseur durable. Sinon, le coussin ressemble à ces matelas gonflables de plage : rassurant tant qu’on ne s’assoit pas trop fort dessus.

Exécution

C’est probablement ici que se jouera la partie la plus sérieuse. La CEMAC ne manque pas de programmes, de stratégies, de feuilles de route ni de communiqués finaux. Elle manque encore, sur plusieurs chantiers, de vitesse d’exécution. Le rapport régional du FMI insiste sur l’amélioration de la surveillance multilatérale et l’application plus crédible des règles communes. Au Cameroun, son rapport 2026 relève par exemple des retards dans la gouvernance des entreprises publiques, la gestion des finances publiques et certaines réformes complexes. Le Fonds recommande une meilleure hiérarchisation et un séquençage plus réaliste. Voilà une recommandation presque banale, mais redoutablement politique : mieux vaut trois réformes terminées que trente réformes annoncées.

Débat

La question est justement de savoir jusqu’où adapter les exigences régionales aux réalités nationales sans transformer la flexibilité en passe-droit. L’économiste gabonaise et ancienne économiste locale du FMI Justine Judith Lekogo rappelait en janvier 2026 que la stabilité monétaire ne devait pas être traitée comme une affaire exclusivement technique : « la stabilité monétaire et la défense du pouvoir d’achat sont des enjeux profondément politiques ». Cette remarque éclaire le dossier d’octobre : derrière les déficits, les réserves et les ratios se trouvent des économies qui doivent financer leurs infrastructures, créer des emplois, protéger les ménages et diversifier leur production. Le FMI regarde les chiffres ; les populations, elles, regardent ce que ces chiffres changent dans leur quotidien.

Verdict

 Octobre ne sera donc pas encore le mois du verdict, mais celui de la confrontation entre les promesses et les preuves. La CEMAC arrive avec des réserves en amélioration, une inflation régionale revenue à 2,2 %, une croissance autour de 3 % et un déficit budgétaire annoncé à 2,7 % du PIB. Elle arrive aussi avec ses dettes, ses arriérés, ses banques à surveiller, ses réformes lentes et ses économies qui ne marchent pas toutes au même pas.  Le FMI, lui, ne demande pas nécessairement une région parfaite : il veut une trajectoire crédible. Décembre dira si les assurances régionales peuvent être validées. Mais octobre dira quelque chose de plus important encore : si la CEMAC sait enfin transformer ses engagements en actes. Dans cette grande salle d’examen, les six Etats auront beau arriver avec le même uniforme monétaire, chacun devra finalement répondre de sa propre copie. Et cette fois, les marges du cahier risquent de ne pas suffire pour cacher les ratures.

Jean-René Meva’a Amougou

Le chronomètre tourne

Yvon Sana Bangui est parti à Washington avec des arguments. Il en revient avec un calendrier. Désormais, le temps des discours est compté : en octobre, le FMI vient vérifier. En décembre, il faudra répondre.

À Washington, le 8 septembre, le gouverneur de la BEAC a posé ses chiffres sur la table : 3 % de croissance, 2,2 % d’inflation, déficit budgétaire à 2,7 % du PIB, 4 523,1 milliards FCFA d’avoirs extérieurs nets. Plus de quatre mois d’importations couverts par les réserves. Un secteur bancaire présenté comme solide. Bref, une CEMAC qui veut montrer qu’elle tient la barre.

Mais Washington n’était que le départ. Depuis décembre 2025, la revue des « assurances régionales » est suspendue. Derrière cette formule de technocrates, une question simple : les Etats de la CEMAC et leurs institutions communes offrent-ils suffisamment de garanties pour préserver la stabilité de la zone ? La réponse ne se donnera plus autour d’une table. Elle se cherchera dans les chiffres, les textes et les actes.

Et le chronomètre tourne. Trajectoires budgétaires à crédibiliser. COBAC à renforcer. Nouvelle loi bancaire à élaborer. Surveillance multilatérale à revoir. À Washington, on a parlé de progrès. En octobre, les missions du FMI viendront vérifier lesquels sont réels. Une réforme annoncée devra avoir commencé à produire des effets. Une promesse devra trouver sa trace dans un document, un chiffre, une décision.

Le voyage de Sana Bangui change alors de nature. Ce n’est plus seulement une opération diplomatique. C’est le premier acte d’un parcours de contrôle. Washington a permis de rouvrir la porte. Octobre dira si la CEMAC peut réellement la franchir. Puis viendra décembre.

La validation de la revue des assurances régionales est envisagée à cette échéance, mais elle reste conditionnée aux avancées constatées. Autrement dit : pas de chèque en blanc. Pas de validation automatique. Les promesses auront eu leur moment à Washington ; les preuves auront leur heure en CEMAC. Le compte à rebours est lancé : septembre, on dialogue. Octobre, on vérifie. Décembre, on tranche. Et cette fois, le dernier mot ne sera pas dans le communiqué de la BEAC. Il sera dans l’évaluation du FMI.

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