Crédit court, projets à bout de souffle

Crédit court, projets à bout de souffle Pour investir longtemps, il faut emprunter longtemps.

Dans la CEMAC, le crédit existe. Mais il manque encore de souffle. À fin juin 2026, les crédits à l’économie atteignaient 13 638,7 milliards de FCFA, en progression de 8,8 % sur un an. Le véritable sujet n’est donc plus seulement le volume des financements, mais le temps qui leur est accordé. Les crédits à court terme représentent 55,1 % de l’encours bancaire régional, contre 41 % pour le moyen terme. Le long terme, lui, ne pèse que 3,9 %. Une structure qui donne à l’économie régionale des ressources pour courir, mais beaucoup moins pour construire.
Pour Marthe Pouth, experte en finance sous-régionale, cette configuration constitue « un frein structurel au financement de l’investissement productif ». Son explication est simple : « le court terme répond aux besoins immédiats de trésorerie, de stocks ou de fonctionnement. Le long terme finance, lui, les équipements, les usines, les infrastructures et les projets dont la rentabilité se construit progressivement. Or, lorsqu’un investissement industriel nécessite plusieurs années avant de générer des flux suffisants, une échéance bancaire trop courte crée mécaniquement une tension sur la trésorerie de l’entreprise. Le projet a besoin de temps ; le crédit lui en accorde trop peu».
Long
Certes, les concours à long terme ont progressé de 20 % sur un an. Mais leur poids reste marginal. C’est là tout le paradoxe : la durée s’allonge, mais à petits pas, alors que les ambitions économiques de la région exigent des financements capables de courir sur dix, quinze ou vingt ans. « Le développement industriel suppose une meilleure adéquation entre la durée de vie des investissements et la maturité des ressources qui les financent », estime l’expert. Sans cette concordance, les entreprises restent condamnées à renouveler des financements courts pour porter des actifs longs. Une sorte de marathon couru avec des chaussures de sprint. La CEMAC ne manque donc pas seulement d’argent long : elle manque de temps bancaire.
JRMA



