
Lossan Bondé est professeur d’informatique et doyen de l’École des études post-licence (School of Postgraduate Studies) de l’Adventist University of Africa (AUA), à Nairobi, au Kenya. Originaire du Burkina Faso, il obtient en 2006 un doctorat en informatique à l’Université des Sciences et Technologies de Lille, en France, avant d’orienter sa carrière vers l’enseignement supérieur adventiste. En 2007, il rejoint l’Université Adventiste Cosendai à Nanga Eboko, où il exerce notamment les fonctions de Doyen de la Faculté de Gestion et d’Informatique jusqu’en 2016.

Quels sont les défis que vous avez rencontrés en matière d’adaptation au système éducatif camerounais?
Lorsque j’ai commencé à enseigner au Cameroun en 2007, à l’Université Adventiste Cosendai, j’ai naturellement connu une période d’adaptation. Chaque système éducatif possède sa culture, ses méthodes, ses exigences administratives et ses réalités propres. L’un des premiers défis a été de comprendre le fonctionnement du système universitaire camerounais et de m’adapter au profil des étudiants. Il fallait notamment tenir compte de la diversité de leurs parcours scolaires et de leurs niveaux de préparation tout en maintenant les exigences d’une formation universitaire de qualité. J’ai également dû apprendre à travailler avec les réalités locales: disponibilité parfois limitée des ressources pédagogiques et technologiques, accès à Internet moins développé qu’aujourd’hui, et la nécessité d’adapter certaines méthodes d’enseignement au contexte.Mais je considère que cette adaptation a été une expérience très enrichissante. Elle m’a appris qu’un bon enseignant ne doit pas seulement maîtriser sa discipline; il doit aussi savoir comprendre ses étudiants, leur environnement et leurs besoins. Aujourd’hui encore, cette capacité d’adaptation est particulièrement nécessaire face aux transformations liées au numérique et à l’intelligence artificielle.
Pouvez-vous nous raconter votre histoire sur les débuts de votre carrière d’enseignant au Cameroun ?
Mon parcours d’enseignant au Cameroun est étroitement lié à l’Université Adventiste Cosendai. J’ai commencé à y enseigner en 2007, après l’obtention de mon doctorat (PhD) à l’Université des Sciences et Technologies de Lille (France). Ce fut une étape importante de ma carrière, car elle m’a permis non seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de découvrir progressivement ce que signifie réellement être enseignant. Au début, comme beaucoup de jeunes enseignants, j’étais très préoccupé par le contenu: bien préparer mes cours, maîtriser la matière, répondre correctement aux questions et m’assurer que le programme était couvert. Avec l’expérience, j’ai compris que l’enseignement va bien au-delà. Un enseignant travaille avec des personnes qui ont des rêves, des difficultés et un potentiel qui ne demande parfois qu’à être découvert. J’ai vu des étudiants entrer à l’université avec des incertitudes, puis progresser, obtenir leur diplôme, poursuivre des études supérieures et, à leur tour, devenir des professionnels, des responsables et parfois même des enseignants. C’est l’un des aspects les plus gratifiants de cette profession: voir ce que deviennent ceux que nous avons accompagnés.
J’ai également eu la chance de bénéficier, dès le début de ma carrière, des programmes de formation et d’orientation destinés aux enseignants organisés par le système éducatif Adventiste. Ces formations m’ont permis de faire un bon départ dans le métier et de comprendre assez rapidement certaines réalités de l’enseignement. Elles m’ont notamment aidé à mieux saisir le rôle de l’enseignant, qui ne consiste pas seulement à transmettre des connaissances, mais aussi à accompagner l’étudiant dans son développement intellectuel, humain et spirituel. J’y ai également appris l’importance d’une bonne préparation des cours, de méthodes pédagogiques adaptées, de l’écoute des étudiants et de l’exemplarité de l’enseignant. Cette orientation initiale a constitué pour moi une base importante sur laquelle j’ai pu construire et enrichir progressivement mon expérience d’enseignant.
Que représente pour vous la Journée internationale de l’enseignant ?
Pour moi, la Journée internationale de l’enseignant est d’abord une occasion de reconnaître la valeur et la responsabilité de l’enseignant dans la société. Nous pensons souvent à l’enseignant comme à celui qui transmet des connaissances. Mais son influence va bien au-delà. L’enseignant contribue à former des professionnels, mais aussi des citoyens, des responsables et des personnes capables de servir leur communauté. Cette journée doit donc être à la fois une journée de reconnaissance et une journée de réflexion. Une reconnaissance envers tous les enseignants qui travaillent parfois dans des conditions difficiles, mais qui continuent à investir leur énergie dans la formation des générations futures. Une réflexion aussi pour nous, enseignants: quel impact avons-nous réellement sur nos étudiants? Que retiendront-ils de nous dans dix ou vingt ans? Dans le contexte actuel, cette réflexion devient encore plus importante. Avec Internet, l’intelligence artificielle et les nombreuses ressources numériques disponibles, l’enseignant n’est plus simplement celui qui possède et transmet l’information. Son rôle évolue. Il doit aider l’étudiant à réfléchir, à discerner, à développer son esprit critique, à utiliser la technologie de manière responsable et à transformer l’information en connaissance utile.
Enfin, en tant qu’éducateur chrétien, je considère l’enseignement comme un ministère et une responsabilité envers Dieu et envers la société. Former une personne, ce n’est pas seulement développer son intelligence; c’est aussi contribuer à la formation de son caractère et l’encourager à utiliser ses connaissances au service des autres. C’est donc ce que représente pour moi cette journée: une célébration des enseignants, mais également un rappel de la noblesse et de la responsabilité de notre vocation.
Gaëlle Atangana



