Afrique centrale : cinq filières pour séduire les investisseurs et booster les producteurs
Le PAIRIAC mise sur cinq chaînes de valeur, des projets bancables et un règlement rapide des litiges pour dynamiser les investissements et les échanges en Afrique centrale.

En Afrique centrale, les ressources ne manquent pas. Les capitaux, eux, ne se mobilisent pas toujours à la hauteur des besoins. Entre les difficultés d’accès au financement, l’insuffisance des projets bancables et les lenteurs dans le recouvrement des créances, les obstacles à l’investissement restent nombreux. C’est sur ce terrain que le Programme d’appui à l’intégration régionale et à l’investissement en Afrique centrale (PAIRIAC) entend intervenir, en misant sur une meilleure articulation entre les entreprises, les pouvoirs publics et les partenaires financiers.
La stratégie repose sur plusieurs leviers : développer des chaînes de valeur régionales, constituer une banque de projets susceptibles d’intéresser les investisseurs, organiser un Forum régional d’investissement en 2027 et promouvoir des mécanismes alternatifs de règlement des différends commerciaux. L’ambition est de faire émerger des activités capables de créer de la valeur ajoutée, de stimuler les échanges intracommunautaires et de générer des emplois.
Cinq filières dans le viseur
Le PAIRAC a identifié cinq chaînes de valeur prioritaires : le manioc, l’huile de palme, l’horticulture notamment les avocats, les fleurs, les fruits et les légumes, les noix de cajou, ainsi que l’élevage et ses produits dérivés. Ces secteurs doivent alimenter une banque de projets destinée à orienter les investisseurs et les instruments de financement de l’Union européenne vers des opportunités économiques concrètes.
Pour Jean Jacques Ngouang, économiste et expert du programme, la priorité consiste à repérer des projets suffisamment solides pour répondre aux exigences des financeurs. « Nous travaillons à identifier les projets d’investissement viables », explique-t-il. Les initiatives retenues devraient être présentées lors du forum régional prévu en 2027.
Mais entre le potentiel d’une filière et la réalisation d’un investissement, le chemin reste long. Un secteur prometteur ne garantit ni la rentabilité d’une entreprise ni la viabilité d’un projet. Les investisseurs attendent des études crédibles, des débouchés commerciaux identifiés et des modèles économiques capables de résister aux contraintes du marché. C’est précisément à cette étape que se joue une partie de l’attractivité de l’Afrique centrale.
Les entreprises au banc d’essai
La mission de terrain organisée à Douala les 15 et 16 octobre 2026 s’inscrit dans cette logique. Les consultations engagées avec les acteurs économiques, notamment le Groupement des entreprises du Cameroun (GECAM), doivent permettre de confronter les orientations du programme aux contraintes quotidiennes des entreprises. Les échanges portent sur leurs besoins, leurs difficultés et les conditions nécessaires à l’émergence de projets susceptibles d’attirer des capitaux européens.
Au-delà de la recherche de financements, le programme s’attaque ainsi à une question essentielle : comment transformer les opportunités économiques en investissements effectivement réalisés ? La constitution d’une banque de projets vise à apporter une première réponse, en facilitant l’identification et la structuration des initiatives présentant un potentiel de développement.
Quand les impayés freinent l’investissement
Reste un autre obstacle, moins visible, mais tout aussi déterminant : la sécurisation des transactions commerciales. Une entreprise qui peine à recouvrer ses créances peut rapidement voir sa trésorerie se dégrader, au risque de ne plus pouvoir honorer ses engagements auprès des banques et de ses fournisseurs.
Jean Claude Ewana, expert des modes alternatifs de règlement des différends, souligne les conséquences économiques des procédures contentieuses prolongées. « Aussi bien les opérateurs économiques nationaux qu’internationaux ont besoin d’un règlement très rapide de leur contentieux d’affaires », insiste-t-il.
Dans cette perspective, l’arbitrage et la médiation sont présentés comme des solutions complémentaires aux procédures judiciaires classiques. En favorisant le règlement des litiges dans des délais adaptés aux exigences des affaires, ces mécanismes peuvent contribuer à réduire les incertitudes auxquelles sont confrontés les opérateurs économiques.
Pour les investisseurs étrangers, la sécurité juridique ne se résume pas à l’existence de textes. Elle suppose également des procédures prévisibles et des possibilités effectives de recouvrement des créances. Autant de facteurs qui pèsent dans l’évaluation du risque et, par conséquent, dans la décision d’investir.
Le coordinateur du PAIRAC, le Dr Maximum Emagna, défend également la création d’une communauté d’acteurs économiques destinée à renforcer le dialogue entre entreprises, institutions publiques et investisseurs.
L’enjeu est désormais de faire converger ces différents instruments vers un objectif mesurable : financer des projets, développer des activités productives et créer des emplois, notamment pour les jeunes. Car les cinq filières retenues ne deviendront de véritables moteurs d’intégration régionale qu’à une condition : que les intentions se traduisent en investissements, en production et en échanges commerciaux effectifs.
Diane Kenfack


