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Ananie Rabier Bindzi

Cette fois, la rumeur n’aura pas menti. Ananie Rabier Bindzi, le journaliste, historien de mémoire et infatigable passeur d’histoires, s’en est allé le 24 août dernier à Douala. Il y a quelques semaines déjà, les réseaux avaient enterré l’homme avant l’heure. La mort, cette fois, a simplement rattrapé la rumeur.

Né à Douala au début des années 1940, il venait de loin. D’une enfance marquée par la misère, du marché central au marché des chèvres, jusqu’à cette rue qu’il revendiquait comme une école de la vie. Le petit « enfant de la rue » deviendra pensionnaire du Collège Libermann, militaire formé à Brazzaville, puis homme de communication en France.
Journaliste à Jeune Afrique, Africa International et Afrique-Asie, il aura passé trois décennies à courir derrière les faits, les témoins et les vérités enfouies. Mais c’est à la télévision, sur Canal 2 International, que sa voix prit toute sa puissance.
Avec La Tribune de l’Histoire, il fit du dimanche soir une veillée nationale. Face caméra, il convoquait les anciens, les acteurs de la décolonisation, les témoins des premières années de l’indépendance. Sa mémoire, cette fameuse « mémoire d’éléphant », transformait les souvenirs en archives et les archives en héritage.
Il n’était pas seulement journaliste : il était passeur. Il allait chercher dans les replis du temps les hommes et les femmes que l’Histoire officielle avait parfois laissés au bord du chemin.
Ananie Rabier Bindzi a consacré sa vie à rendre une voix aux oubliés. À présent, c’est sa voix qui rejoint l’Histoire. Et le Cameroun perd une bibliothèque vivante dont les rayonnages, désormais silencieux, restent chargés de mémoire.

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