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Transport routier au Cameroun : la grève levée, les tensions restent vives

Après plusieurs semaines de crispation et une journée de concertation sous haute tension, les transporteurs routiers renoncent finalement au bras de fer annoncé pour le 24 août. Le gouvernement a obtenu la levée du mot d’ordre en ouvrant des discussions sur les tracasseries routières et le respect des check-points. Mais derrière l’apaisement de façade, les fractures syndicales demeurent profondes.

Il était question de barrer la route. Finalement, c’est la négociation qui a pris le dessus. Le mouvement de grève annoncé à partir du lundi 24 août par une partie des transporteurs routiers camerounais est désamorcé. Au terme des concertations conduites ce dimanche 23 août à Yaoundé sous la houlette du ministre des Transports, Jean Ernest Masséna Ngalle Bibehe, les organisations à l’origine du préavis ont accepté de lever leur mot d’ordre.
Soulagement dans les couloirs du gouvernement. Car une grève des transporteurs de marchandises, au Cameroun, n’aurait rien eu d’une simple querelle corporatiste. Elle aurait pu ralentir les approvisionnements, perturber les activités économiques et compliquer les liaisons avec le Tchad et la République centrafricaine. Bref, le genre de panne qui finit toujours par arriver dans l’assiette du consommateur.

La réunion qui a failli tourner court
Pourtant, ce dimanche, l’apaisement n’était pas franchement au rendez-vous. Le gouvernement avait convié autour de la même table les différentes organisations du secteur. Mauvaise idée, ou presque.
Les signataires du préavis ne voulaient pas s’asseoir aux côtés de syndicats qui s’étaient désolidarisés du mouvement. Pour eux, ces organisations n’étaient pas représentatives de la revendication portée depuis le 5 août.
La tension monte. Les échanges deviennent électriques. Certains quittent la salle. Les ministres du Commerce et du Travail descendent même sur l’esplanade pour tenter de ramener les contestataires à la table des discussions.
Le symbole est saisissant : dans un pays où les camions font parfois des centaines de kilomètres pour acheminer une marchandise, il aura fallu quelques mètres de couloir ministériel pour tenter de faire circuler à nouveau le dialogue.

La vraie colère, elle, est routière
Car derrière la guerre des syndicats, il existe un problème beaucoup plus terre à terre. Les transporteurs dénoncent depuis des années l’empilement des contrôles, les tracasseries routières, les lourdeurs administratives, la concurrence du transport pour compte propre et les difficultés liées aux opérations de pesée.

Ils réclament surtout que les règles soient appliquées à tous.
La question des check-points figure désormais au cœur des discussions. Les professionnels demandent que les contrôles soient effectués dans les points officiellement prévus et que cesse la multiplication des vérifications sur les axes routiers.
Le gouvernement a pris en considération ces préoccupations. C’est l’un des éléments ayant permis de ramener le calme.
Mais il faudra davantage qu’une réunion pour réparer une confiance passablement cabossée.

Deux syndicats, trois colères et beaucoup de soupçons
Depuis l’annonce du mouvement, le secteur donne en effet le spectacle d’un curieux feuilleton syndical. Les uns accusent les autres de manipulation. Certains dénoncent des intérêts financiers cachés derrière le préavis. D’autres répliquent que ceux qui contestent aujourd’hui la grève pourraient être les premiers à réclamer demain une mobilisation.
Au milieu de cette foire aux accusations, les transporteurs ont, eux, des camions à faire rouler et des factures à payer.
Le conflit aura surtout révélé une chose : le monde du transport routier camerounais ne parle plus d’une seule voix. Et lorsque les représentants d’une même profession passent davantage de temps à se combattre qu’à défendre une plateforme commune, le gouvernement peut toujours gagner quelques jours de répit. Il ne règle pas pour autant le problème de fond.

Une trêve, pas une victoire
La levée du mot d’ordre constitue donc une bonne nouvelle. Mais il serait imprudent d’y voir la fin de l’histoire.
Le gouvernement a évité la paralysie. Les transporteurs ont obtenu l’ouverture de discussions sur les tracasseries routières et le respect des check-points.

Reste maintenant à transformer ces engagements en mesures concrètes.
Car les routes camerounaises ne demandent pas seulement que les camions roulent lundi matin. Elles réclament aussi des règles lisibles, des contrôles cohérents et une profession capable de parler d’une voix audible.
Pour l’heure, le moteur redémarre. Mais sous le capot, quelques voyants restent allumés.

Olivier Mbessité

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