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Finance durable : le Cameroun joue la carte de la confiance

Avec la BAD, Yaoundé veut transformer ses garanties environnementales en sésame pour les financements.

La finance durable gagne du terrain dans les arcanes de la politique financière camerounaise. Le ministère des Finances vient de franchir une nouvelle étape dans la préparation d’un mécanisme de Garantie Partielle de Crédit (GPC) destiné à faciliter l’accès du pays à un emprunt durable. Une évolution technique, certes, mais dont la portée dépasse largement les cercles d’experts.
Selon les documents publiés par le MINFI, une évaluation du Système de Gestion Environnementale et Sociale (SGES) a été conduite dans le cadre de ce projet, avec l’appui de la Banque africaine de développement. Le verdict est plutôt favorable : le dispositif camerounais est jugé acceptable pour gérer les risques environnementaux et sociaux liés au projet. Mais le rapport ne délivre pas pour autant un blanc-seing. Il identifie plusieurs actions destinées à renforcer l’efficacité du système.
Cette nuance est essentielle. Dans le nouvel univers de la finance internationale, lever de l’argent ne consiste plus seulement à démontrer la capacité d’un État à rembourser. Il faut également être capable de prouver que les projets financés ne génèrent pas, en contrepartie, des coûts environnementaux ou sociaux mal maîtrisés.

C’est précisément la fonction du SGES : réunir les règles, les institutions, les procédures et les capacités nécessaires à l’identification et à la gestion de ces risques. Le ministère des Finances définit ainsi un dispositif qui devient progressivement une composante de la crédibilité financière du pays.
La GPC constitue l’autre pièce maîtresse de cette architecture. Son principe est relativement simple : réduire une partie du risque lié au remboursement d’un financement afin de faciliter la mobilisation des ressources. Dans un contexte international où le coût du risque pèse lourdement sur les conditions d’emprunt des économies émergentes, l’instrument peut présenter un intérêt stratégique.

Encore faut-il que la mécanique soit solidement encadrée. C’est là qu’intervient le Plan de Gestion Environnementale et Sociale (PGES). Le document précise les mesures à mettre en œuvre, leur calendrier et les indicateurs permettant d’en suivre l’exécution. Autrement dit, le Cameroun ne cherche pas seulement à afficher une conformité documentaire : il doit désormais démontrer sa capacité à faire vivre les engagements pris.
Le ministère des Finances a d’ailleurs rendu publics le rapport d’évaluation du SGES ainsi que l’annexe consacrée au PGES, offrant une visibilité directe sur cette architecture de gestion des risques.

Pour Yaoundé, l’enjeu est donc double. Il s’agit, d’une part, de diversifier les instruments permettant de mobiliser des ressources pour le développement. De l’autre, il faut consolider la confiance des partenaires financiers en démontrant que les risques associés aux projets sont identifiés, suivis et traités selon des procédures suffisamment robustes.
La finance durable apparaît ainsi moins comme une nouvelle étiquette que comme une discipline supplémentaire imposée à la gestion publique. Dans cette compétition mondiale pour les capitaux, la question n’est plus seulement de savoir combien emprunter, mais aussi dans quelles conditions, pour quels projets et avec quelles garanties de durabilité.
Le Cameroun vient d’en franchir une étape. L’évaluation du SGES est favorable. Reste désormais le plus difficile : transformer cette acceptabilité administrative en efficacité opérationnelle. C’est à cette condition que la finance durable pourra devenir, au-delà des acronymes, un véritable levier de développement.

Rémy Biniou

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