QR Code dans les taxis : les transporteurs se conforment, les usagers s’impatientent

À Yaoundé, les taximen se rallient progressivement au QR Code sous la pression des contrôles municipaux. Mais pendant que les véhicules se mettent en règle, les usagers, eux, prennent leur mal en patience.

À Yaoundé, décrocher un taxi relève désormais d’une épreuve d’endurance. Depuis le 6 octobre 2026, date d’entrée en vigueur du dispositif d’identification par QR Code et numéro unique, les contrôles municipaux se multiplient et les véhicules non conformes sont immobilisés. Une contrainte qui pousse progressivement les transporteurs à régulariser leur situation. Pour ces professionnels, le calcul est simple : mieux vaut se conformer aux nouvelles exigences que regarder son outil de travail immobilisé, avec des recettes quotidiennes réduites à néant. Cette adhésion, favorisée par la pression des contrôles et la nécessité de préserver leurs revenus, accompagne une évolution des pratiques dans le secteur du transport urbain. Mais sur les routes de la capitale, cette transition se traduit par une disponibilité réduite des taxis et une attente interminable pour les passagers. Le lundi 12 octobre, à Awae Escalier, Josiane, enseignante de lycée, a passé près de trois heures avec sa mère septuagénaire, atteinte d’une maladie chronique, avant de trouver un véhicule pour rejoindre l’hôpital central. Leur rendez-vous médical, fixé à 10 heures, a failli leur échapper. À Nkolnda, un responsable d’établissement a dû déléguer la cérémonie de levée des couleurs, faute de pouvoir se déplacer à temps. À Nkoabang, un fonctionnaire découragé par l’attente a préféré s’installer dans un bar plutôt que de poursuivre une quête devenue infructueuse. Dans cette capitale, le taxi jaune semble parfois plus difficile à trouver qu’une aiguille dans une botte de foin. Et quand il apparaît enfin, les candidats au déplacement se disputent presque le privilège d’y monter.
Adaptation
Malgré ces difficultés, les transporteurs commencent progressivement à intégrer le QR Code dans leurs habitudes professionnelles. La perspective des sanctions et la volonté de reprendre rapidement leurs activités les incitent à se conformer aux prescriptions municipales. Au-delà de la contrainte administrative, le dispositif vise à renforcer l’identification des véhicules et à améliorer l’organisation du transport urbain. L’enjeu consiste désormais à transformer cette adhésion naissante en mouvement durable, sans pénaliser davantage les populations. Car les conséquences sont déjà visibles : les motos-taxis profitent de la situation pour augmenter leurs recettes, tandis que les plateformes de transport avec chauffeur, notamment Yango, sont davantage sollicitées. André, cadre dans une entreprise publique, constate que certains de ses collègues, peu habitués à ces services, y recourent désormais pour arriver au travail ou rentrer chez eux. D’autres usagers consentent à payer davantage pour rejoindre leur destination. Au carrefour Coron, Yvette, fonctionnaire et mère d’un nourrisson, a ainsi proposé 1 500 FCFA à un conducteur de moto pour regagner son domicile à Nkoabang. Entre longues attentes, rendez-vous manqués et dépenses imprévues, la facture de cette transition se paie aussi dans les ménages. Pour accélérer la régularisation, la mairie gagnerait à faciliter les démarches, à renforcer l’information des conducteurs et à assurer une application progressive et lisible des mesures. L’objectif ne devrait pas être de multiplier les taxis immobilisés, mais de remettre en circulation davantage de véhicules conformes. Les transporteurs commencent à jouer le jeu ; reste à faire en sorte que les usagers ne soient pas les grands perdants de cette modernisation. Car un QR Code peut identifier un taxi, mais il ne transporte personne tant que le véhicule reste au parking.
André Gromyko Balla


