Santé publique : Les pharmaciens haussent le ton face aux dérives

À Ngaoundéré, lundi dernier, l’Ordre des pharmaciens du Cameroun a levé le voile sur les dérives qui minent la profession : délivrance de psychotropes sans ordonnance, circuits parallèles et essor inquiétant des médicaments de rue. Entre alerte sanitaire et dénonciation d’une concurrence déloyale qui asphyxie les officines légales, la profession réclame un sursaut de rigueur.

Réunis à Ngaoundéré dans le cadre de leur assemblée générale ordinaire, les pharmaciens du Cameroun ont choisi de regarder en face les zones grises d’une profession de plus en plus exposée aux pressions du marché informel et aux tentations de la facilité. Dans une atmosphère à la fois solennelle et tendue, l’Ordre des pharmaciens du Cameroun, par la voix de son président, le Dr Nana Sambou Frank Dange, a dénoncé avec fermeté des pratiques qu’il juge incompatibles avec l’éthique pharmaceutique.
Au premier rang des dérives pointées : la délivrance de psychotropes sans ordonnance, un phénomène qui, selon les participants, prend de l’ampleur dans certaines officines en marge de la réglementation. Plus grave encore, la participation présumée de certains professionnels de santé à l’alimentation du marché illicite des médicaments dits « de la rue » a été évoquée sans détour. Un sujet sensible qui ravive le débat sur la responsabilité individuelle dans un système de contrôle jugé encore insuffisant.
Les discussions ont également mis en lumière l’extension préoccupante de la vente illégale de médicaments dans les marchés et les rues de plusieurs villes du pays. À Ngaoundéré comme ailleurs, ces circuits parallèles continuent de prospérer, portés par la précarité économique et la demande d’un accès rapide et peu coûteux aux soins. Mais pour les pharmaciens réunis, le constat est sans appel : ces pratiques constituent un danger direct pour la santé publique.
Au-delà du risque sanitaire, les officiels de la profession alertent sur une concurrence déloyale qui fragilise les officines régulièrement installées. Plusieurs pharmacies auraient déjà mis la clé sous la porte, incapables de survivre face à un marché informel échappant à toute fiscalité et à tout contrôle de qualité. Une situation que l’Ordre des pharmaciens qualifie de « menace systémique » pour l’équilibre du secteur.
Face à ces dérives, les appels à un renforcement des mécanismes de régulation se multiplient. L’Ordre plaide pour une application plus stricte des textes en vigueur, mais aussi pour une sensibilisation accrue des populations sur les dangers liés à l’automédication et à l’achat de médicaments hors circuit légal. Les participants ont également insisté sur la nécessité de responsabiliser davantage les professionnels, afin de préserver la crédibilité de la pharmacie camerounaise.
Dans un contexte où la confiance des citoyens envers le système de santé reste fragile, cette sortie de l’Ordre des pharmaciens sonne comme un avertissement. Entre impératif de santé publique et réalités économiques, la profession se trouve à un tournant, sommée de choisir entre complaisance et rigueur. À Ngaoundéré, le message est clair : le laxisme n’est plus une option.
Les pharmaciens appellent également à une meilleure coordination entre les autorités sanitaires, les forces de maintien de l’ordre et les collectivités locales afin de démanteler durablement les réseaux de distribution clandestine. Ils estiment que la lutte contre les médicaments de la rue ne peut être efficace sans une stratégie globale intégrant contrôle, sanction et prévention. Pour eux, il s’agit autant d’une question de santé publique que de gouvernance et de responsabilité collective face à un phénomène qui s’enracine dans les habitudes de consommation. Le débat reste ouvert sur l’avenir de la profession au Cameroun.
Bobo Ousmanou



