Stabilité monétaire et défense des équilibres extérieurs
La dernière session de l’année du Comité de politique monétaire de la Beac marque un tournant discret mais significatif dans la conduite de la politique monétaire en zone Cemac.

C’est sur la foi des prévisions macroéconomiques actualisées pour 2025. Celles- ci, éclaire le gouverneur de la Beac, Yvon Sana Bangui, dressent le tableau d’une économie régionale en ralentissement, avec une croissance attendue à 2,4 %, contre 2,7 % en 2024. Ce tassement de l’activité traduit un essoufflement progressif, dans un environnement international instable et une dépendance persistante aux revenus des matières premières, en particulier le pétrole.
Inflation
Sur le front des prix, la situation apparaît en revanche plus favorable. L’inflation devrait reculer à 2,2 % en 2025, contre 4,1 % un an plus tôt, repassant ainsi sous la norme communautaire. Cette évolution constitue un soulagement pour les ménages et les finances publiques, mais elle ne suffit pas à compenser la fragilisation des équilibres externes. Le solde budgétaire, base engagements et hors dons, s’améliorerait légèrement à -1,4 % du PIB, contre -1,6 % en 2024, traduisant des efforts de discipline budgétaire. Toutefois, cette embellie reste modeste.
Selon le gouverneur de la banque centrale, la principale source de préoccupation demeure le compte courant. Le solde, dons officiels compris, se dégraderait fortement pour atteindre -2,9 % du PIB, alors qu’il affichait un excédent de 0,3 % auparavant. Cette détérioration exerce une pression directe sur les réserves de change, appelées à reculer de 2,6 % en un an pour s’établir à 6 377,3 milliards de FCFA au 31 décembre 2025. Ce niveau ne couvrirait plus que 4,2 mois d’importations de biens et services, contre 4,9 mois en 2024, faisant chuter le taux de couverture extérieure de la monnaie de 74,9 % à 67,0 %.
Face à cette évolution, explique Yvon Sana Bangui, le CPM a opté pour un resserrement mesuré de sa politique monétaire. Le taux d’intérêt des appels d’offres a été relevé de 4,50 % à 4,75 %, tandis que le taux de la facilité de prêt marginal passe de 6,00 % à 6,25 %. L’objectif est clair : renforcer l’attractivité de la monnaie, limiter la pression sur les réserves et préserver la crédibilité externe du cadre monétaire. Le maintien du taux de la facilité de dépôt à 0,00 % et des coefficients de réserves obligatoires traduit néanmoins la volonté de ne pas asphyxier la liquidité bancaire. La Beac cherche ainsi un équilibre délicat entre rigueur externe et stabilité interne.
Jean -René Meva’a Amougou



