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Universités privées : le faux PhD qui coûte cher

Entre mirages de diplômes étrangers et absence totale de reconnaissance officielle, le ministère de l’Enseignement supérieur sonne l’alarme sur une arnaque aux lourdes conséquences pour les étudiants.

Dans les colonnes du quotidien Cameroon Tribune (CT) du 16 avril 2026, le ministre d’État, ministre de l’Enseignement supérieur, le Pr Jacques Fame Ndongo, a sonné une mise en garde particulièrement ferme contre la prolifération de formations doctorales jugées illégales au Cameroun. Entre promesses de diplômes étrangers prestigieux et absence totale de reconnaissance officielle, le membre du gouvernement dénonce ce qu’il considère comme une véritable dérive du paysage universitaire, susceptible de tromper de nombreux étudiants.

Le ton est donné : « Ces programmes sont hors-la-loi ». Derrière cette formule sans détour, le ministre plante un décor de rigueur juridique et d’alerte publique. Selon lui, la situation actuelle ne relève pas d’une simple approximation administrative, mais d’une problématique encadrée par la loi du 25 juillet 2023, qui exige une autorisation préalable de l’État pour toute formation d’enseignement supérieur. Sans cet agrément, insiste-t-il, les diplômes délivrés n’ont aucune valeur légale ni reconnaissance académique.

Pour autant, le Pr Fame Ndongo prend soin de préciser que l’enjeu n’est pas une interdiction de principe du doctorat dans le secteur privé. « En réalité, je n’interdis pas formellement les études de doctorat dans le privé », explique-t-il, tout en soulignant que l’objectif est de protéger les étudiants contre des offres trompeuses. Le cœur du problème, selon lui, réside dans des structures qui proposent des parcours doctoraux sans habilitation, parfois en s’abritant derrière des partenariats internationaux dont la crédibilité reste douteuse.
Le MINESUP évoque alors un phénomène qu’il qualifie de dolosif, au sens juridique du terme. Certains établissements promettent des « diplômes étrangers » qui, en réalité, n’ont souvent aucune reconnaissance, ni dans le pays d’origine ni au Cameroun.

Derrière les intitulés prestigieux et les argumentaires séduisants, se cacheraient des parcours académiques fragiles, voire sans fondement scientifique réel. Une situation que le ministre compare à une forme d’arnaque intellectuelle où l’étudiant, attiré par le prestige du titre doctoral, devient la principale victime.

Avec une pointe de pédagogie teintée de gravité, il rappelle un adage bien connu : « tout ce qui brille n’est pas or ». Une manière de souligner que les apparences universitaires peuvent être trompeuses, surtout dans un contexte où la quête de diplômes de haut niveau est forte. Le message est clair : prudence, vigilance et vérification des accréditations avant toute inscription.

Sur le plan académique, Pr Jacques Fame Ndongo insiste sur la nature même du doctorat, qu’il décrit comme « la quintessence de la recherche ». Il s’agit, selon lui, d’un cycle de formation exigeant, fondé sur la production de connaissances nouvelles, encadré par des enseignants-chercheurs de haut niveau et adossé à des structures de recherche solides. Or, de nombreux établissements privés, affirme-t-il, ne disposent pas encore de l’écosystème scientifique nécessaire pour garantir une telle formation, leur activité restant centrée principalement sur l’enseignement.

Cependant…
Le propos ministériel n’est pas uniquement répressif. Il s’inscrit aussi dans une logique de structuration progressive du secteur. Avec la loi d’orientation de 2023, les établissements privés sont désormais classés en trois catégories évolutives, allant des instituts universitaires aux universités privées de plein exercice. L’idée est d’accompagner leur montée en compétence, notamment en matière de recherche, condition essentielle pour prétendre un jour à l’ouverture de cycles doctoraux.

Dans cette perspective, le cas de l’Université Catholique d’Afrique Centrale (UCAC) est cité comme un exemple de référence. Bien qu’ayant un statut particulier, elle illustre, selon le ministre, qu’une institution privée peut atteindre un niveau d’excellence suffisant pour proposer des formations doctorales crédibles, à condition de répondre à des standards scientifiques élevés et à une forte exigence académique.

Au final, entre avertissement ferme et ouverture encadrée, l’entretien du Pr Jacques Fame Ndongo dessine une ligne de crête : protéger les étudiants contre les illusions académiques tout en encourageant l’émergence d’universités privées véritablement tournées vers la recherche. Une position qui, derrière sa rigueur, rappelle une évidence parfois oubliée : un doctorat ne s’achète pas, il se mérite, dans le respect strict de la loi et de la science.

Jean René Meva’a Amougou

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