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VBG au Cameroun : l’urgence d’une loi spécifique au cœur du débat public

Face à la montée inquiétante des féminicides et des violences basées sur le genre, le Cameroun amorce un tournant décisif avec un avant-projet de loi déjà en cours d’examen, porté par une pression croissante de la société civile et des institutions.

Les visages de la réflexion à l’Enam

Le 27 mars dernier, dans le Grand Amphithéâtre Jacques Menier de l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) à Yaoundé, la scène avait tout d’un moment charnière. À la tribune, Pr Marie-Thérèse Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF), a officiellement ouvert un café thématique consacré à la nécessité d’une loi spécifique sur les violences basées sur le genre (VBG). Une rencontre qui, au-delà de son apparente solennité, traduit une prise de conscience devenue difficile à différer.
Car derrière les discours, les chiffres et les témoignages dressent un tableau préoccupant. À l’échelle du pays, des cas de violences et de féminicides se multiplient, alimentant un sentiment d’urgence largement partagé par les acteurs institutionnels et la société civile. Dans ce contexte, l’existence d’un avant-projet de loi, actuellement en examen dans les circuits administratifs, apparaît comme un signal encourageant, bien que jugé encore trop discret au regard de l’ampleur du phénomène.

Initiée par l’ACAFEJ et le FIDA, la rencontre a donné la parole à plusieurs figures engagées. Mme Liliane Munezero, représentante de l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population) au Cameroun, et Mme Yvonne Léopoldine Akoa, présidente nationale de l’ACAFEJ (Association Camerounaise des Femmes Juristes) ont insisté sur la nécessité d’un cadre légal spécifique, capable de répondre efficacement à la complexité des violences basées sur le genre. Leur plaidoyer repose sur un constat sans équivoque : les dispositifs juridiques actuels restent insuffisants, souvent fragmentés, et peinent à offrir une protection adéquate aux victimes.

Dans son intervention, la ministre a articulé les enjeux autour de trois axes majeurs. Sur le plan juridique, il s’agit de combler les lacunes existantes en définissant clairement les différentes formes de VBG, afin de mieux encadrer leur répression. Sur le plan social, l’ambition est de rompre avec la culture du silence et de l’impunité, encore trop présente dans de nombreux contextes. Enfin, sur le plan institutionnel, l’objectif est d’aligner le futur texte sur les engagements internationaux du Cameroun, en matière de droits humains et de protection des femmes.
Au-delà des principes, la réforme envisagée se veut globale. Elle entend garantir une prise en charge holistique des survivantes, intégrant à la fois la protection, l’accompagnement médical, l’assistance juridique et le soutien psychosocial. Un dispositif qui, s’il voit le jour, pourrait marquer une avancée significative dans la lutte contre les violences de genre.

Mais entre l’intention affichée et la mise en œuvre effective, le chemin reste semé d’attentes. La société civile, mobilisée et vigilante, entend maintenir la pression pour que ce projet de loi ne s’enlise pas dans les lenteurs administratives. Car au-delà des textes, c’est bien la réalité des victimes qui impose son calendrier, sans délai ni compromis.

Jean-René Meva’a Amougou

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