INTÉGRATION CONTINENTALE

Jeunesse camerounaise : discours national contre réalités du terrain

Au lendemain de la soixantième Fête de la Jeunesse, Intégration a recueilli des témoignages de jeunes à Yaoundé, Maroua, Bertoua et Douala. Derrière les slogans d’unité et de prospérité, une réalité s’impose: l’accès aux opportunités reste profondément inégal, souvent déterminé par le territoire et l’appartenance communautaire. Paroles libérée.

Des jeunes debrouillards dans la rue à Yaoundé

«On nous célèbre un jour, puis on nous oublie le reste de l’année». À Maroua, Abdoulaye Oumarou, diplômé en sciences de l’éducation, cherche un emploi depuis trois ans. «Ici, sans relations, tu restes au point mort. Les concours sont loin, les projets n’arrivent pas. Alors on se débrouille entre nous ». Cette débrouille communautaire est devenue la règle pour une partie de la jeunesse camerounaise. Associations culturelles, réseaux d’entraide, tontines jeunes…Autant de dispositifs informels qui pallient l’absence de politiques publiques efficaces. «Ce n’est pas du repli identitaire, c’est de la survie», tranche l’étudiant de 31 ans.

Des trajectoires qui divergent …
À Yaoundé, Stéphane Poungué, 34 ans, raconte un autre monde. «J’ai trouvé un stage grâce à un ancien du lycée. Ici, les opportunités existent, mais il faut être au bon endroit», soutient-il. A mille lieux de là, dans la région de l’Est, à Bertoua, Mireille, 32 ans et call-boxeuse, diplômée en lettres modernes, se sent piégée: «On nous dit d’entreprendre, mais sans vision claire, sans internet fiable, sans crédit, on fait comment?» Ces écarts nourrissent un sentiment d’injustice durable. «On parle d’égalité des chances, mais tous les jeunes ne partent pas du même point. La jeunesse est célébrée comme un bloc, alors qu’elle est traversée par des fractures profondes», tranche-t-elle.

Communauté, dernier filet de sécurité
Pour beaucoup, la communauté devient le premier filet de sécurité. À Bafoussam, Cédric Fotso, 35 ans, explique: «Mon premier boulot, je l’ai eu grâce à un oncle. Sans ça, j’aurais quitté le pays». Ce même désappointement est partagé par où Sandrine Gwésé, 28 ans, résident au quartier Byem-assi à Yaound. Cette dernière reconnaît que «les associations communautaires aident plus vite que les programmes officiels». Mais cette dépendance a un revers. «Quand l’opportunité passe par l’appartenance ethnique, ceux qui sont en dehors restent exclus. Cela crée des frustrations et des soupçons», alerte Marouane, responsable associatif. Officiellement, les dispositifs d’insertion se multiplient. Sur le terrain, les jeunes dénoncent les conditions d’éligibilité. «Les dossiers, les critères, les délais… on se décourage», confie Nadia, 27 ans, entrepreneure. «Ceux qui réussissent sont souvent ceux qui ont déjà un réseau».
Résultat: la migration devient un horizon. «Partir, c’est la seule option Ici, tu travailles dur, mais tu ne t’en sors pas», lâche Junior, 30 ans, vendeur d’accessoires de téléphone à l’Avenue Kennedy à Yaoundé.

Unité nationale, fractures réelles
La question communautaire reste un tabou politique. Pourtant, les jeunes rencontrés revendiquent une double appartenance assumée. « Je suis Molkou et Camerounais», affirme Petit Paul, 30 ans. «Ce n’est pas contradictoire. Ce qui l’est, c’est d’être ignoré parce que tu viens d’une région précise. Une jeunesse qui se sent marginalisée finit par se taire… ou par se radicaliser». Martèle-t-il. Une constance se dégage des épanchements de ces jeunes. Elle rapporte que soixante ans après l’institution de la Fête de la Jeunesse, l’heure n’est plus aux discours. Les jeunes réclament des politiques adaptées, une équité réelle, et la reconnaissance des communautés en tant que partenaires, non plus comme des menaces. «On ne demande pas des privilèges», conclut Petit Paul. «Juste que nos efforts comptent, d’où qu’on vienne ou qui que l’on soit. Sans cela, les grandes espérances risquent de rester des promesses sans lendemain ».

Tom.

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