3,5 % de croissance : le Cameroun avance et encaisse
À Yaoundé, la présentation de la quatrième édition du « Rapport sur l’économie camerounaise en 2025 » dessine le portrait d’une économie qui avance à pas mesurés, entre résistance aux chocs extérieurs et nécessité d’accélérer sa transformation.

Il y a les chiffres qui rassurent et ceux qui invitent à garder les yeux ouverts. Dans le grand théâtre de l’économie mondiale, où les crises géopolitiques, les tensions commerciales et les soubresauts des marchés jouent désormais les premiers rôles, le Cameroun entend tenir sa place sans céder au vertige. Réuni le 25 août à Yaoundé pour la présentation de la quatrième édition du « Rapport sur l’économie camerounaise en 2025 », le gouvernement a mis en avant une performance aussi sobre que significative : 3,5 % de croissance réelle, comme en 2024.
Vents contraires
Ce chiffre n’a rien d’une flambée spectaculaire. Il raconte plutôt une économie qui résiste. Une économie qui, malgré les vents contraires, conserve son cap. La croissance des activités non pétrolières, établie à 3,8 %, confirme notamment le rôle croissant des secteurs productifs hors hydrocarbures dans la dynamique nationale.
Autre signal scruté avec attention : l’inflation. Après avoir atteint 4,5 % en 2024, elle revient à 3,4 % en 2025. Le reflux est appréciable, même s’il ne suffit évidemment pas à effacer les difficultés quotidiennes des ménages confrontés à un coût de la vie toujours sensible. Entre la statistique macroéconomique et le panier de la ménagère, il existe parfois tout un monde — et les Camerounais le savent mieux que les tableaux Excel.
Présidé par le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire, Alamine Ousmane Mey, le rendez-vous n’avait cependant pas pour ambition de distribuer les bons points. Le rapport se veut avant tout un instrument d’analyse et d’aide à la décision. Il passe au crible les grands équilibres macroéconomiques, la compétitivité, l’investissement et la mise en œuvre des politiques publiques, tout en identifiant les risques susceptibles de fragiliser l’économie nationale.
Car derrière la résilience affichée se profilent des vulnérabilités persistantes. La dépendance aux évolutions de l’environnement international, les tensions sur les finances publiques, les contraintes de financement et la nécessité d’améliorer la compétitivité imposent de ne pas confondre stabilité et immobilisme.
Perspectives
Le véritable enjeu se situe donc moins dans la photographie de 2025 que dans la trajectoire des prochaines années. Le Cameroun doit transformer sa capacité à encaisser les chocs en capacité à produire davantage, à exporter mieux et à créer plus de valeur localement. Autrement dit, passer de la résistance à la conquête.
C’est précisément le sens donné par le MINEPAT à cette quatrième édition : transformer les enseignements en décisions, les recommandations en réformes et les diagnostics en résultats concrets. Une formule qui sonne comme une feuille de route. Car un rapport économique, aussi documenté soit-il, ne construit ni usine, ni route, ni emploi. Il devient utile lorsqu’il éclaire l’action publique et contribue à faire bouger les lignes.
Cette ambition rejoint les priorités de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30) : accélération de la transformation productive, consolidation des marges de manœuvre économiques, réduction des vulnérabilités et poursuite des réformes structurantes.
Le défi est donc désormais posé avec une certaine élégance comptable : faire mieux sans perdre l’équilibre. Dans une économie mondiale où les certitudes deviennent aussi rares que les financements bon marché, le Cameroun dispose d’un premier atout : il a résisté. Il lui reste à démontrer qu’il sait transformer cette résilience en véritable accélération.
Car 3,5 % de croissance peuvent constituer une bonne nouvelle. Mais, pour une économie qui aspire à changer d’échelle, ils ne sauraient être un point d’arrivée.
Bobo Ousmanou



