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À Édéa : l’huile de palme au centre du Ngan Biton

L’événement réunira producteurs du Cameroun, du Nigeria, de Côte d’Ivoire et d’Indonésie autour d’une filière huile de palme appelée à devenir l’un des grands paris économiques et agricoles du continent.

Texte Ngan Biton

Édéa accueillera, du 21 au 23 mai 2026, la troisième édition du Festival International des noix de palme, Ngan Biton 2026. Derrière les stands annoncés, les discours sur la durabilité et les slogans sur l’intégration des jeunes, c’est toute la question de l’avenir de la filière huile de palme qui revient au centre du débat au Cameroun et, plus largement, en Afrique.
Cette année, les organisateurs voient grand. Des représentants des communautés productrices du Nigeria, de Côte d’Ivoire et d’Indonésie sont attendus dans la cité du Littoral, aux côtés des coopératives, GICs et PME agricoles camerounaises. Une ouverture internationale qui traduit l’ambition du festival : inscrire la production locale dans une dynamique mondiale tout en tentant de préserver les équilibres économiques et sociaux des territoires ruraux.

Le thème choisi (« Palmier à huile durable : de l’autosuffisance à l’intégration de la jeunesse : Leçons des géants mondiaux ») résume à lui seul les tensions qui traversent aujourd’hui la filière. Comment augmenter la production sans reproduire les dérives environnementales observées ailleurs ? Comment attirer les jeunes vers l’agriculture dans un pays où beaucoup associent encore la plantation à la pénibilité et à la précarité ? Et surtout, comment faire profiter les petits producteurs d’un marché dominé par de puissants groupes industriels ?

Le comité d’organisation assure vouloir faire du festival « un espace de dialogue et de partage d’expériences ». Selon lui, l’objectif est de « rapprocher les communautés productrices, les investisseurs et les décideurs afin de construire une filière plus inclusive et plus compétitive ». Une ambition qui séduit sur le papier, même si plusieurs acteurs locaux rappellent que les difficultés structurelles demeurent nombreuses : accès au foncier, coût des équipements, faiblesse des infrastructures rurales et difficultés de transformation locale.

À Édéa, le palmier à huile n’est pas une découverte récente. Il fait partie du paysage économique et culturel depuis des décennies. Dans les villages environnants, l’huile rouge reste un produit du quotidien, indispensable aux cuisines comme aux petits commerces. Mais la filière est aujourd’hui à un tournant. La demande augmente, les marchés se mondialisent et les exigences environnementales deviennent plus fortes.

L’arrivée annoncée des délégations indonésiennes sera observée avec attention. Premier producteur mondial d’huile de palme, l’Indonésie symbolise à la fois la réussite industrielle et les controverses écologiques liées à cette culture. Pour les organisateurs, il s’agit moins de copier un modèle que de tirer des enseignements adaptés aux réalités africaines.

« Nous voulons montrer qu’une autre approche est possible, fondée sur la durabilité, la transformation locale et l’emploi des jeunes », explique le comité d’organisation. Celui-ci insiste également sur la nécessité de renforcer les capacités des coopératives et des PME agricoles afin qu’elles puissent mieux résister aux fluctuations du marché.

Durant trois jours, conférences, expositions et rencontres professionnelles rythmeront le festival. Derrière l’aspect festif, Ngan Biton 2026 veut surtout poser une question essentielle : quelle place les pays africains souhaitent-ils occuper dans une économie mondiale de l’huile de palme en pleine recomposition ?

Bobo Ousmanou

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