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Agroécologie : le Cameroun en première ligne pour réinventer l’agriculture durable

Unique représentant de l’Afrique centrale dans le projet RADIUS, le pays mise sur une nouvelle approche pour concilier production agricole, protection des sols et sécurité alimentaire.

De droite à gauche, S.E.Oumarou Chinmoun et Tristan Cazin.

Face aux dérèglements climatiques, à la dégradation des sols et à la dépendance croissante aux intrants chimiques, le Cameroun entend jouer sa partition dans la transition vers une agriculture plus durable. Réunis à Yaoundé du 11 au 13 juin 2026, les acteurs du Réseau régional de recherche multi-acteurs en agroécologie pour promouvoir la durabilité des systèmes alimentaires en Afrique de l’Ouest et du Centre (RMRN-RADIUS) ont évalué les premiers résultats d’un programme lancé en 2025 avec l’appui de l’Union européenne.

Le rendez-vous organisé dans la capitale camerounaise a réuni des représentants du Bénin, du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Cameroun. Mais derrière cette rencontre régionale se dessine une réalité particulière : le Cameroun est aujourd’hui l’unique représentant de l’Afrique centrale dans ce dispositif scientifique et technique coordonné par le Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricole (CORAF).

« Nous sommes au Cameroun aujourd’hui pour examiner les acquis des activités de Radius menées en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale avec le soutien de l’Union européenne », explique le Dr Emmanuel Njukwe, directeur de la recherche et de l’innovation au CORAF. Au terme de cette première année d’exécution, les résultats obtenus au Cameroun apparaissent suffisamment prometteurs pour susciter l’intérêt des autres pays membres du réseau. « Les pratiques et les innovations développées au Cameroun sont intéressantes. Nous avons décidé d’amener les autres à apprendre ce que le pays a déjà mis en œuvre », souligne-t-il.

Une responsabilité particulière

Pour l’Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD), qui accueille la rencontre, cette reconnaissance confère au pays une responsabilité supplémentaire. Point focal du projet Radius au Cameroun, le Dr Ndo Eunice Golda Danièle insiste sur l’importance d’une approche fondée sur les producteurs familiaux. L’objectif consiste à diffuser des technologies simples et accessibles capables d’améliorer les rendements tout en limitant les impacts environnementaux. « Nous voulons renforcer les capacités de tous les acteurs, principalement les petits producteurs qui sont la cible », affirme-t-elle.
L’enjeu est de convaincre les exploitants agricoles qu’une autre voie est possible, moins dépendante des engrais chimiques et davantage tournée vers la préservation des écosystèmes. Les innovations promues dans le cadre du projet doivent permettre d’assurer une production abondante tout en garantissant la qualité sanitaire des denrées.

Sortir du modèle intensif
Pour les experts du CORAF, la transition agroécologique apparaît désormais comme une nécessité économique autant qu’environnementale. Sécheresse, désertification, baisse de la fertilité des sols et pollution constituent autant de menaces qui fragilisent la sécurité alimentaire dans la région.

Coordonnatrice du projet RADIUS, le Dr Fructueuse Ouidoh Agbodjogbe estime que l’agroécologie permet de réconcilier savoirs traditionnels et connaissances scientifiques. L’approche vise à remplacer progressivement les pratiques conventionnelles fondées sur l’usage intensif des engrais et pesticides chimiques. Parmi les innovations mises en avant figurent l’utilisation de plantes de service pour lutter contre les bioagresseurs, l’introduction des légumineuses pour restaurer la fertilité des sols ou encore les associations culturales destinées à renforcer la biodiversité.

Une opportunité économique pour les jeunes
Au-delà des enjeux agricoles, le projet ouvre également des perspectives économiques. La production de bio-intrants et de bio-pesticides pourrait faire émerger de nouvelles activités entrepreneuriales et favoriser l’insertion professionnelle des jeunes. Dans un contexte où le chômage demeure élevé, les promoteurs du programme voient dans l’agroécologie un secteur capable de générer de la valeur ajoutée tout en répondant aux exigences croissantes des consommateurs en matière d’alimentation saine.
À l’issue des travaux de Yaoundé, les participants ambitionnent de renforcer les échanges d’expériences entre les pays membres et d’accélérer le transfert des innovations à l’échelle régionale.

Pour le Cameroun, cette position de pionnier en Afrique centrale pourrait constituer un avantage stratégique. À condition que les expérimentations scientifiques se traduisent désormais par une adoption massive sur le terrain. Car la bataille de la sécurité alimentaire se gagnera moins dans les laboratoires que dans les exploitations agricoles.

Olivier Mbessité

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