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Au Festival Msem Todjom : ancêtres et confréries racontent leurs grandeurs

Le festival met en partage les épopées glorieuses des pères fondateurs de ce groupe ethnique de la région de l’Ouest.

Des Associations féminines en vitrine au festival Msem Todjom

La ville de Bandjoun, dans le département du Koung-Khi région de l’Ouest, est en fête du 21 au 28 février 2026. Comme cela est de coutume tous les deux ans, le festival Msem Todjom y draine des foules autour d’activités culturelles. En la matière, la grande marche « sur les pas de nos ancêtres » donne le ton à un devoir mémoriel où passé et présent fusionnent des récits à la gloire des figures marquantes de cette communauté. Sur un linéaire de 24 Km entre la chefferie Baleng (à Bafoussam) et celle de Bandjoun, il a fallu la halte du marché Dzemto pour redonner vitalité aux célébrants en vue d’une participation au programme riche d’une vingtaine d’activités. « La première édition du Msem Todjom en tant que festival du peuple Bamoun a eu lieu en 1999 et la deuxième en 2001. Après une période d’hibernation, ce festival a été remis sur orbite en 2009 grâce à la déterminante impulsion de Sa Majesté Dr Djomo Kamga Honoré, roi de Bandjoun. C’est en prélude à cette 3e édition qu’est venue l’inspiration de faire une marche dans un esprit de team Building, une stratégie de reconstruction, après les différents évènements survenus dans le royaume au cours des années 2004 et 2005. Parce qu’il s’agissait de Bandjoun, l’inspiration nous a vite connecté avec Baleng car la notion d’identité culturelle avait pris le train», indique Christophe Nouboué Kamga, notable à la chefferie Bandjoun.

Exposition – vente pendant le festival Msem Todjom

Ce moment privilégié, où se ponctuent rires, courage, détermination et formes physiques, signe surtout le retour à la genèse de cette communauté Bandjoun. « Le prince Notchwegom, fondateur du royaume Bandjoun, était parti de Baleng pour s’installer à Bandjoun. L’identité culturelle est ce par quoi se reconnait une communauté humaine en termes de valeur, de pensées, de langues, de tradition, de vécu et de mémoire historique. Nous avons alors envisagé de marcher sur les pas de nos ancêtres, de Baleng à Bandjoun. 24 Km, quelle folie ? Mais aussi quel beau rêve ? Il ne nous restait qu’à nous mettre au travail pour transformer ce rêve en réalité. Ainsi le Dimanche – Zhunto dans le calendrier Bandjoun – 11 octobre 2009, un cortège de 2500 personnes s’est ébranlé à travers les rues de Baleng, Bafoussam et Bandjoun. Ce jour-là, leurs Majestés Tella Nembot Hubert, roi de Baleng, Tanefo Jean Marie, roi des Bamendjinga, et Djomo Kamga Honoré, roi des Bandjoun, ont personnellement animé les étirements sportifs qui ont précédé la première grande marche culturelle du peuple Bandjoun malgré de fortes adverses. Tout au long du parcours, personne n’avait démissionné», raconte le notable.

L’arbre de la paix, l’une des vedettes du festival Msem Todjom

La tradition se poursuit autour de la marche ancestrale. Ici, l’on revisite sur fond de transmission transgénérationnelle le parcours du Prince Notchwegom, après qu’il eut quitté Baleng sur inspiration divine pour occuper les terres de Bandjoun. La communion autour de cet évènement se veut aussi spirituelle. « Cet exercice était davantage une marche culturelle. On devait aller doucement, à pas de tortue et au rythme des grands parents, tout en scandant des chants patriotiques en Ghomala. A l’arrivée triomphale à la chefferie, le roi des Bandjoun entouré de ses pères de Balendjinga auxquels se sont ajoutés ceux de Baham et de Badjé, ont salué de ces pèlerins. Aujourd’hui en 2026, la flamme a été bien entretenue, souligne Christophe Nouboué Kamga, notable.

Pleins phares sur les sociétés culturelles
Le festival Msem Todjom est la plateforme de valorisation de l’art culinaire et vestimentaire, des œuvres artistiques, des musiques et danses patrimoniales de ce peuple. Il offre par ailleurs l’opportunité d’une valorisation des confréries structurant la société Bandjoun. Ici, le Mesu et ses valeurs de travail ravie la vedette. La confrérie figure en bonne place du patrimoine culturel mis en partage du 21 au 28 février. «Le Mesu est la confrérie la plus prestigieuse réservée exclusivement aux femmes. En langue Ghomala, le Mesu pourrait se traduire littéralement par la grande houe. «Me», comme le disent les linguistes, est un adjectif augmentatif qui renvoie à la grandeur, à la démesure, à l’excellence et «Su» renvoit à la houe qui est l’outil dédié au travail du sol dans la savane des grassfield. Le Mesu réunit donc des femmes d’exception qui, par la force de leurs bras, réussissent à nourrir toute la population. C’est-à-dire à entretenir la vie ; mais surtout à dégager un surplus dont elles auront besoin pour adhérer à une confrérie de Mesu. Vous comprenez que par le passé, le graal pour chaque femme était d’accéder avant la fin de sa vie à une confrérie de mesu», indique Dr Léon Kamga, anthropologue.

Entre danses, défilés de mode et tenues d’apparat, les femmes de la loge Mesu ont de quoi attirer l’attention. « A l’occasion, chaque femme à l’occasion de sa loge d’appartenance sort le grand jeu pour mettre en évidence sa grâce lors de la grande danse. Les femmes qui appartiennent aux loges supérieures sont reconnaissables à leurs manteaux aux couleurs de la royauté, du bonheur, de la fécondité. Ces manteaux sont souvent agrémentés des clochettes. Les autres femmes sortent également le grand jeu. Les colliers de grande facture, les queues de chevaux, des bracelets d’ivoire qui faisaient partie des indicateurs de richesse, des sacs de peaux d’animaux », poursuit le sociologue. Bandjoun continue de vibrer au rythme des sonorités et cadences du Festival. Au centre des activités des pauses sont observées dans le calme des conférences sur le fonctionnement de la royauté et le développement social de la communauté.

Louise Nsana

Quelques images fortes de l’ouverture de l’édition 2026 du festival Msem Todjom

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