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Cameroun 2026 : le peuple survit, l’État regarde

La débrouille est devenue une politique non officielle, la survie un mode de vie. Quand l’État hésite, le peuple s’organise.

En 2026, le Cameroun ressemble à un immense atelier de bricolage social où chaque citoyen devient expert en survie quotidienne. La débrouille est une science, la résilience un métier, l’improvisation une politique non officielle. L’État, lui, observe, explique, rassure… pendant que le peuple s’organise.
Au marché Mfoundi (Yaoundé ), on ne fait plus les courses, on fait des calculs. « Avant, avec 5 000 francs, je faisais la marmite. Aujourd’hui, ça fait deux articles et un espoir », soupire Marthe, vendeuse de beignets. Même logique au lieu-dit « Acacia » : « Le salaire finit avant le mois, mais les factures, elles, ne finissent jamais », ironise Jean-Claude, agent de sécurité. Pour l’économiste Maloda, le mécanisme est simple : hausse des prix, salaires figés, disparition progressive de la classe moyenne. La pauvreté ne fait plus de bruit, elle s’installe.

Dans la région de l’Extrême-Nord, l’insécurité redessine l’économie. Routes évitées, champs abandonnés, commerces déplacés. « La peur est devenue un facteur de production », résume un chercheur à Maroua. Officiellement, l’État investit. Officieusement, les populations s’adaptent. « On voit l’armée, mais après ? Pas de travail, pas de perspectives », confie un notable local.

À Yaoundé et Douala, la moto-taxi est devenue un ministère non déclaré du Transport. Sans elle, la ville s’arrête. Avec elle, la ville survit. « On a transformé la débrouille en solution nationale », explique un ancien responsable syndical. Pour plusieurs analystes, c’est l’aveu d’un échec : l’informel n’est plus un refuge, il est devenu une politique publique par défaut.

Même dans l’administration, le malaise est palpable. « On gère l’urgence, pas l’avenir », confie un cadre. Pendant ce temps, les citoyens s’organisent : tontines, solidarités familiales, entraide communautaire. Le pays tient debout moins par ses politiques que par ses liens sociaux.

En 2026, survivre est devenu un savoir-faire collectif. Mais une société ne peut pas vivre éternellement en mode survie. La débrouille peut nourrir, transporter, protéger. Elle ne construit pas un État. Et à force de survivre sans perspectives, c’est l’avenir lui-même qui devient précaire.

Tom.

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