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CDEC : l’art de faire parler l’argent dormant

À PROMOTE 2026, la CDEC s’invite dans le débat économique avec une idée simple : réveiller l’argent oublié pour financer l’avenir.

À PROMOTE 2026, on parle startups, industrie, innovation… et coffres-forts publics. La Caisse des dépôts et consignations du Cameroun (CDEC) y a fait une apparition remarquée, presque à contre-emploi dans un salon où l’on préfère d’ordinaire les robots aux registres comptables. Pourtant, derrière son apparente discrétion administrative, l’institution entend bien s’imposer comme un rouage central de la mécanique économique nationale.

Créée par la loi du 14 avril 2008 et opérationnalisée en 2011, la cdec se présente comme un établissement public pas tout à fait comme les autres. Sa mission, résumée sans fioritures par son directeur général Richard Evina Obam, tient en quatre verbes : « concevoir, conserver, fructifier et gérer les avoirs prévus par les lois ». Autrement dit, garder l’argent… mais surtout l’empêcher de dormir.

Car le cœur du sujet est là : les dépôts et consignations. Administratifs, judiciaires ou conventionnels, ces flux financiers longtemps épars ou mal valorisés constituent désormais le terrain de jeu de la CDEC. L’exemple le plus parlant reste celui des cautions versées dans les secteurs de l’électricité, de la téléphonie ou de l’habitat. Autrefois conservées directement par les opérateurs, avec toutes les zones grises que cela impliquait, elles transitent désormais par un tiers de confiance censé garantir transparence et restitution. « C’est une règle cardinale », insiste le directeur général : restituer à la première demande. Une promesse simple sur le papier, mais lourde d’implications dans un environnement où la confiance entre usagers et opérateurs économiques reste un chantier permanent.

Au-delà de cette fonction de coffre sécurisé, la CDEC revendique une ambition plus large : devenir un acteur de financement à part entière. Sur les marchés monétaires et financiers de la Cemac, elle intervient comme investisseur institutionnel, injectant des liquidités issues notamment de ressources longtemps immobilisées. Une manière de transformer ce que certains qualifient d’« argent dormant » en carburant économique.

L’institution affirme ainsi participer à la mobilisation de l’épargne dormante (comptes inactifs, consignations diverses) pour soutenir les États et les projets structurants de la sous-région. Une posture qui la place à la frontière entre gestionnaire public et acteur financier, dans un espace économique où les rôles restent parfois encore en redéfinition.

Cette montée en puissance n’est toutefois pas sans frictions. Les relations avec certains régulateurs régionaux, notamment la COBAC, ont connu des tensions. Rien d’inhabituel dans un écosystème où l’arrivée d’un nouvel acteur redistribue toujours les équilibres. Mais du côté de la CDEC, le message est clair : il ne s’agit pas d’une intrusion, mais d’une reconnaissance encore incomplète.

Richard Evina Obam plaide ainsi pour une meilleure appropriation de l’institution par les acteurs économiques. « Il faut aller vers la connaissance de la CDEC », répète-t-il, comme pour dissiper les malentendus d’un système encore en phase d’ajustement.
Dans un registre plus offensif, il inscrit même l’action de la CDEC dans une comparaison régionale. Évoquant les dynamiques industrielles au Gabon ou les politiques de transformation au sein de la Cemac, il alerte : le Cameroun ne peut se contenter d’un rôle de spectateur. « Nous sommes en retard, nous devons le rattraper », affirme-t-il, sans détour.

Distinguée en 2025 comme meilleur investisseur institutionnel avec environ 65 milliards FCFA engagés, la CDEC revendique déjà une capacité d’action réelle, au-delà des discours. Mais son défi reste double : prouver sa légitimité dans un paysage financier concurrentiel, tout en incarnant cette promesse de transformation structurelle.

Entre prudence bancaire et ambition d’investissement, entre mission publique et logique de marché, la CDEC avance sur une ligne de crête. Et dans ce rôle hybride, presque paradoxal, elle tente une équation simple en apparence : faire travailler l’argent que l’on ne voit pas, pour financer l’économie que l’on attend.

Olivier Mbessité

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