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CEMAC : la bataille des chiffres pour mieux gouverner

Pendant que les marchés mondiaux tanguent sous l’effet des tensions géopolitiques, des bouleversements climatiques et des recompositions des chaînes de valeur, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale tente de renforcer un instrument devenu stratégique : la connaissance en temps réel de sa propre économie.

Réunis à Brazzaville du 22 au 27 juin, experts nationaux, représentants des institutions communautaires et partenaires techniques travaillent à consolider le dispositif régional de suivi de la conjoncture économique. Une démarche technique en apparence, mais qui touche au cœur même de la décision publique : disposer de chiffres crédibles pour gouverner.

Organisé par la Commission de la CEMAC avec l’appui d’Afristat, du Centre régional d’assistance technique d’Afrique centrale et le financement de la Banque mondiale, le séminaire régional du premier semestre 2026 poursuit les travaux amorcés à Djibloho, en Guinée équatoriale, en novembre dernier. Les participants doivent valider la note de conjoncture du quatrième trimestre 2025, élaborer celle du premier trimestre 2026 et actualiser les prévisions macroéconomiques des mois à venir.
Derrière cet exercice statistique se cache une réalité plus politique : la sous-région peine encore à parler le même langage économique. Calendriers de publication différents, méthodes de calcul parfois divergentes, difficultés de consolidation des données nationales : autant d’obstacles qui compliquent la lecture de la situation économique régionale.

Pour Roland Marc Montchi, coordonnateur régional du projet HISWACA et directeur de la statistique à la Commission de la CEMAC, l’enjeu n’est plus simplement technique. « La qualité de la décision publique dépend directement de la qualité des données qui la fondent », rappelle-t-il, dans un contexte où les gouvernements doivent réagir rapidement à des chocs de plus en plus fréquents et imprévisibles.

La modernisation engagée par la Commission entend précisément répondre à cette exigence. Un canevas commun de production des notes de conjoncture a déjà été adopté, tandis qu’une méthodologie partagée de collecte et d’analyse des données infra-annuelles se met progressivement en place. Un réseau régional d’experts est également en cours de structuration afin d’assurer une lecture communautaire des évolutions économiques nationales.

L’ambition va désormais plus loin : bâtir un véritable système régional d’intelligence économique capable d’anticiper les tendances plutôt que de simplement les constater. Outils numériques, indicateurs avancés, circulation accélérée de l’information et renforcement des capacités nationales doivent constituer les piliers de ce nouveau dispositif.
Présidant l’ouverture des travaux, Emile Eba, directeur de cabinet par intérim du ministre congolais de l’Économie, a rappelé qu’après les progrès enregistrés en matière de stabilité macroéconomique, l’heure est désormais à la transformation structurelle des économies de la sous-région.

Car pour la CEMAC, l’enjeu dépasse les tableaux statistiques. Il s’agit désormais de transformer les chiffres en boussole de la Vision 2035, avec une conviction simple : sans données fiables, il n’existe ni politique économique efficace, ni intégration régionale durable.

R. B.

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