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Climat des affaires au Cameroun : l’API ausculte les blocages qui freinent l’investissement

À neuf ans de l’échéance fixée pour l’émergence du Cameroun, les échanges de Promote 2026 ont mis en évidence une réalité : l’attractivité du pays ne dépend plus seulement des incitations offertes aux investisseurs, mais aussi de la capacité des pouvoirs publics à lever les pesanteurs administratives et à instaurer une relation de confiance durable avec le secteur privé.

Réflexion entre l’Api et les acteurs économiques sur le climat des affaires au Cameroun

Faire du Cameroun une destination plus attractive pour les capitaux nationaux et étrangers. Tel est le défi que s’est fixé l’Agence de promotion des investissements (API), qui a profité de la 10e édition du Salon Promote pour ouvrir un vaste chantier de réflexion sur l’environnement des affaires. Autour du thème « Parcours administratif de l’opérateur économique : analyses critiques et pistes de réformes pour un meilleur climat des affaires », administrations publiques, entrepreneurs et représentants du secteur privé ont dressé un état des lieux sans détour des contraintes qui pèsent encore sur l’investissement.
Interface entre les investisseurs et l’État, l’API entend renforcer l’attractivité du pays dans plusieurs secteurs stratégiques, notamment l’agro-industrie, les mines, l’énergie et les infrastructures. Mais pour les acteurs économiques, les ambitions affichées se heurtent toujours à des obstacles persistants.

Inventaire
Parmi les principales difficultés évoquées figure l’asymétrie de l’information. De nombreux opérateurs peinent encore à identifier les administrations compétentes et les procédures nécessaires à la réalisation de leurs projets. « La conférence est organisée dans le but de résoudre le problème d’asymétrie de l’information vis-à-vis des opérateurs économiques qui n’ont pas toujours connaissance des différents acteurs impliqués dans leurs parcours », explique Emmanuel Ako Tamungang, directeur de la Promotion des investissements.
Selon lui, la rencontre vise également à mieux faire connaître les différentes étapes qui jalonnent la vie d’une entreprise, depuis sa conception jusqu’à sa mise en conformité avec les normes en vigueur. « Nous visons à travers cette conférence à présenter de façon détaillée le parcours de l’opérateur économique, allant de la vision à la création de l’entreprise et à sa mise aux normes », poursuit-il.

Des entraves structurelles dénoncées
Au-delà du déficit d’information, les opérateurs économiques ont mis en lumière plusieurs facteurs qui continuent d’affecter la compétitivité du pays. Présent à la rencontre, Narcisse Yassen, entrepreneur basé à Douala, pointe un ensemble de contraintes qui alourdissent considérablement l’activité des entreprises. Il cite notamment les difficultés d’approvisionnement en énergie, l’insuffisance des infrastructures routières, les retards dans la transformation numérique de l’administration, mais aussi la multiplication des contrôles et la pression fiscale.
Selon lui, certaines entreprises peuvent faire l’objet de plusieurs centaines de contrôles administratifs, tandis que les redressements fiscaux prononcés dépassent parfois le niveau du capital social. À ces difficultés s’ajoute, estime-t-il, l’absence d’un véritable dialogue entre les secteurs public et privé. « Lorsque les problèmes sont soumis au secteur public, il n’y a souvent pas de retour. C’est un dialogue de sourds », déplore l’opérateur économique.

Le foncier, talon d’Achille de l’entrepreneuriat féminin
Autre sujet de préoccupation : l’accès au foncier. Malgré les réformes engagées, l’obtention d’un titre foncier demeure un parcours complexe, particulièrement pour les femmes entrepreneures. Présidente de l’African Women in Processing (AWIP), Stéphanie Djieumo Monthé dénonce des procédures longues et des difficultés persistantes dans la sécurisation des terrains destinés aux activités économiques. « Nous avons beaucoup de soucis pour légaliser les documents, les lenteurs administratives ont la peau dure. L’autre problème, c’est le foncier. Pour ouvrir une entreprise, il faut justifier du lieu d’implantation, mais nous n’avons pas toujours les moyens d’obtenir un titre foncier », explique-t-elle. À travers cette plateforme d’échanges organisée par l’API, les femmes entrepreneures espèrent voir leurs préoccupations mieux prises en compte dans les futures réformes.

Des incitations pour restaurer la confiance
Face aux critiques exprimées, l’Agence de promotion des investissements se veut rassurante. Emmanuel Ako Tamungang a réaffirmé la volonté de l’institution de poursuivre les réformes destinées à améliorer le climat des affaires. L’API met notamment en avant un ensemble d’incitations fiscalo-douanières ainsi que des facilités administratives et financières destinées aux investisseurs. L’agence dispose également d’une banque de données des projets, régulièrement actualisée, afin d’orienter les porteurs d’initiatives vers les opportunités disponibles.
Dans cette architecture d’accompagnement, l’Agence de promotion des petites et moyennes entreprises (APME) intervient en complément avec un mandat spécifique dédié au développement des PME.

Olivier Mbessité

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