Coopération Cameroun-États-Unis : l’Oncle Sam préfère bâtir que secourir
PROMOTE 2026 a consacré le virage américain : moins d’assistance, plus de business.

Sous les verrières du Palais des Congrès de Yaoundé, entre stands institutionnels et promesses de contrats, une petite musique nouvelle est venue des États-Unis. Plus question, ou presque, de parler assistance. Washington veut désormais parler affaires.
En marge de PROMOTE 2026, le grand rendez-vous des entreprises organisé dans la capitale camerounaise, John Robinson, chargé d’affaires à l’ambassade américaine, a livré ce qui ressemble à un changement de doctrine. Le message est limpide : l’Amérique entend privilégier les investissements, les partenariats et les transferts de technologies plutôt que les mécanismes traditionnels d’aide au développement. « Nous voulons être un partenaire fiable pour la croissance économique, fondé sur les échanges commerciaux et les investissements mutuellement avantageux plutôt que sur l’aide », a résumé le diplomate américain.
Le mot n’est pas anodin. Il traduit une évolution plus profonde de la présence américaine sur le continent africain. Là où l’aide publique incarnait autrefois le principal visage de la coopération, Washington veut désormais se présenter comme un partenaire économique, convaincu que la croissance passe d’abord par le secteur privé.
Portée
À Yaoundé, ce repositionnement prend une résonance particulière. Derrière ce changement de ton se dessine aussi une réalité géopolitique. L’Afrique est devenue un terrain de compétition économique où se croisent les ambitions de la Chine, de l’Union européenne, de la Turquie, des pays du Golfe ou encore de l’Inde. Dans cette partie qui se joue à coups d’infrastructures, d’investissements et de technologies, Washington cherche manifestement à reprendre l’initiative. Longtemps considéré comme un bénéficiaire de programmes de développement, le Cameroun est aujourd’hui regardé comme un marché, un hub régional et une terre d’opportunités pour les entreprises américaines.
L’administration américaine ne part pas de zéro. Plusieurs de ses bras financiers demeurent mobilisés. La Development Finance Corporation (DFC), la Banque américaine d’import-export (Exim Bank), le Service commercial des États-Unis ou encore la Small Business Administration continuent d’accompagner projets et entrepreneurs. L’objectif est moins de distribuer des subsides que de faire circuler les capitaux, favoriser les coentreprises et connecter les entreprises américaines aux marchés africains.
PROMOTE 2026 a été une scène idéale à cette offensive économique. La présence remarquée d’entreprises américaines, réunies autour de la Chambre de commerce américaine au Cameroun (AmCham), témoigne d’un intérêt croissant pour la première économie de la Cemac. Pour les autorités camerounaises comme pour les opérateurs privés, cette évolution ouvre des perspectives nouvelles : accès aux financements, transferts de savoir-faire, partenariats industriels et conquête de nouveaux marchés. « La présence d’AmCham montre clairement que les entreprises américaines veulent réussir au Cameroun », a insisté John Robinson.
Pour Laure Djoukam, présidente d’AmCham Cameroun, les instruments de financement restent bel et bien actifs, même si certaines exigences liées au contenu américain des projets ont été renforcées sous l’administration actuelle. Une manière de rappeler que l’Amérique ne se retire pas ; elle change de méthode.
Au fond, ce qui s’est joué dans les couloirs de PROMOTE 2026 ressemble à une mue. Washington ne veut plus apparaître comme le dispensateur d’une aide ponctuelle, mais comme l’associé d’une croissance partagée. Une diplomatie du chéquier laisse progressivement place à une diplomatie de l’investissement.
Ongoung Zong Bella



