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Douala : la ville face à l’équation des équilibres communautaires

Estimant que leur poids démographique, économique et politique ne trouve pas sa traduction dans les responsabilités locales, les ressortissants du Centre, du Sud et de l’Est du Wouri interpellent les décideurs à l’approche des prochaines échéances électorales.

Le maire Roger Mbassa Ndiné au milieu des ressortissants des régions du Centre, Sud et Est .

Le malaise couvait depuis plusieurs années. Il s’exprime désormais au grand jour. Réunis à Douala, le 30 juin dernier, les représentants des communautés originaires du Centre, du Sud et de l’Est vivant dans le département du Wouri ont publiquement dénoncé ce qu’ils considèrent comme un décalage croissant entre leur contribution à la vie de la cité et leur place dans les centres de décision locaux. Formulé avec retenue mais sans ambiguïté devant Roger Mbassa Ndiné (maire de Douala) et James Onobiono (élite de la région du Centre), le constat repose sur une équation politique que les intéressés jugent de plus en plus difficile à comprendre : une forte mobilisation électorale, une présence importante dans les activités économiques et administratives de la métropole, mais une représentation qu’ils estiment insuffisante au sein des instances de responsabilité. Les revendications portent aussi bien sur l’accès aux opportunités économiques que sur la participation aux responsabilités locales et sur une meilleure prise en compte des attentes des jeunes issus de ces communautés.

Les organisateurs se défendent toutefois de toute démarche communautariste. Leur argumentation repose davantage sur la notion de représentativité que sur celle de préférence régionale. « Nous ne demandons ni privilèges ni passe-droits », résument plusieurs responsables communautaires, qui plaident pour une reconnaissance proportionnée à leur implication dans la vie publique locale. À leurs yeux, la reconnaissance politique doit accompagner l’engagement citoyen, sous peine de voir s’installer le sentiment d’un décalage durable entre contribution collective et représentation institutionnelle.

Dans une métropole comme Douala, où se concentrent depuis plusieurs décennies les dynamiques migratoires internes du pays, la question est particulièrement sensible. La capitale économique constitue l’un des espaces les plus cosmopolites du Cameroun, où les identités régionales coexistent avec une identité urbaine de plus en plus affirmée. Cette réalité démographique nourrit régulièrement le débat sur la représentation des différentes composantes de la société dans les institutions locales et les organismes publics.

La proximité des échéances électorales confère toutefois une dimension supplémentaire à cette prise de parole. Dans le jeu politique camerounais, les grands ensembles communautaires demeurent des acteurs électoraux majeurs, capables d’influencer les équilibres locaux et de peser sur les dynamiques de mobilisation.

Le rappel effectué par les ressortissants du Centre, du Sud et de l’Est apparaît ainsi comme un message adressé autant aux autorités administratives qu’aux formations politiques : le soutien électoral ne saurait constituer l’unique horizon de la participation citoyenne.

Accent
Face à ces préoccupations, le maire de la ville a réaffirmé sa volonté de promouvoir une gouvernance inclusive et de renforcer le dialogue avec l’ensemble des composantes sociologiques de la métropole. L’édile de la capitale économique a tenu à rappeler la singularité de Douala, métropole façonnée depuis des décennies par les migrations internes et le brassage des populations venues de toutes les régions du pays.

Sans éluder les préoccupations soulevées, Roger Mbassa Ndinè a assuré que les communautés du Centre, du Sud et de l’Est continueront d’être associées à la vie et au développement de la métropole économique. Un message destiné à rassurer des interlocuteurs qui redoutent de demeurer de simples forces d’appoint lors des échéances électorales.

Le maire a également insisté sur la nécessité de distinguer les enjeux de gestion municipale des logiques politiques ou électorales, rappelant que la ville appartient à l’ensemble de ses habitants, quelle que soit leur région d’origine.

Horizon
Reste désormais à savoir si ces engagements trouveront une traduction concrète dans les mois à venir. Car derrière cette séquence locale se dessine une interrogation plus large sur les mécanismes de représentation dans les grandes villes camerounaises, où les mutations démographiques modifient progressivement les équilibres traditionnels.

À mesure que les métropoles deviennent des espaces de brassage national, la question de l’intégration des différentes communautés dans les sphères de décision apparaît appelée à prendre une place croissante dans le débat public.

Dans le Wouri, les communautés du Centre, du Sud et de l’Est ont choisi d’ouvrir le débat. Les responsables politiques savent désormais qu’il leur faudra y répondre, non seulement par des discours, mais également par des actes susceptibles de convaincre que la participation à la vie de la cité et l’accès aux responsabilités peuvent encore progresser de concert.

Jean-René Meva’a Amougou

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