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Élections municipales et légalisations et législatives 2026 : le Grand Nord donne le ton de l’indifférence

Le parti politique de Issa Tchiroma Bakary a annoncé sa non‑participation aux prochaines élections municipales et législatives. Une posture qui met les populations face à un choix : continuer de voter sans se faire d’illusion, ou se taire pour se faire entendre.

Dans le Grand Nord, on vote beaucoup. On vote bien. On vote tôt. Et souvent… on attend la suite. Cette fois, le Front pour le Salut National du Cameroun (FSNC), arrivé deuxième à la présidentielle du 12 octobre 2025 selon les résultats officiels, a décidé de ne pas se présenter aux prochaines élections locales. Un boycott politique qui tombe comme une panne d’électricité : brutal, silencieux, et laissant tout le monde dans le noir. À Maroua, l’annonce n’a pas eu besoin de conférence de presse pour faire le tour de la ville. Dans les marchés, les taxis, les campus, la même rengaine revient, légèrement ironique, profondément lasse : à quoi bon voter, si même les partis jettent l’éponge ? « En octobre, on nous a dit que chaque voix comptait. Visiblement, certaines comptent plus longtemps que d’autres», lâche Siddi Abdoulaye, étudiant, sourire en coin. Aïssatou, commerçante, est moins philosophique : « Les élections locales, ce sont nos routes et nos écoles. Si tout le monde boycotte, on va élire qui ? Les nids‑de‑poule ?»


Dans le Grand Nord, le FSNC n’était pas qu’un sigle sur des affiches : c’était un point de repère, parfois le seul, face à un RDPC solidement campé. Son retrait ressemble à une course où l’un des rares concurrents décide de rester au vestiaire, laissant le favori courir seul… sous les applaudissements polis. Au FSNC, on assume le choix. « Participer, c’est faire semblant », martèle Chahad Alioum, militant à Maroua. « Et nous avons décidé d’arrêter de jouer les figurants dans un film dont la fin est déjà connue. ». Modibo Sali, cadre de l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP) résume la situation sans détour : « Le boycott est courageux sur le papier. Sur le terrain, il laisse un boulevard au RDPC. Les conseils municipaux risquent d’être élus par KO technique ».

Le RDPC rassure… tout en vérifiant la température
Côté parti au pouvoir, le discours est officiellement imperturbable. « Les élections auront lieu avec ou sans le FSNC », assure un responsable régional. « La République ne s’arrête pas pour un boycott. ». Mais dans les couloirs, l’assurance se fissure. « Une victoire sans adversaires, ça ressemble vite à un match amical », concède Boukar Blanda, élu local à Garoua. « Le vrai danger, ajoute‑t‑il, ce n’est pas l’opposition absente, c’est l’électeur fatigué ».

« Grand électeur », petits dividendes
Pour le politologue Dr Mahamat Saleh, le boycott est moins un caprice qu’un symptôme : « Le Grand Nord est une région très mobilisée électoralement, mais faiblement récompensée politiquement. Les populations ont l’impression de voter à crédit… sans jamais voir le remboursement. ». L’éloignement du pouvoir central n’arrange rien. « Beaucoup ont le sentiment que leur bulletin fait un long voyage vers Yaoundé, puis disparaît dans la circulation », ironise‑t‑il.

L’abstention, ce bulletin qui ne se dépose pas
Dans la société civile, on redoute un scénario déjà connu ailleurs : des élections bien organisées, bien sécurisées, mais vides de leur substance. « L’abstention peut devenir un message politique », avertit Aïcha Passah, actrice associative à Ngaoundéré. «Quand on ne croit plus au jeu, on arrête de jouer».
Entre ironie amère, colère contenue et lassitude démocratique, la région hésite. Une chose est sûre : si la politique continue de parler seule, les urnes pourraient finir par lui répondre par le plus cruel des commentaires : le silence.

Tom

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