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Entreprises : le dialogue ou la fracture

Le monde du travail camerounais avance sur une ligne de crête. D’un côté, l’impératif de compétitivité. De l’autre, une réalité plus rugueuse faite de stress, de harcèlement, de violences et de souffrances professionnelles qui s’invitent de plus en plus dans les entreprises. Entre les deux, le gouvernement veut installer un rempart : le dialogue social.

Grégoire Owona, Mintss accompagné des acteurs sociaux pour le dialogue social

Réunis le 30 juin à Yaoundé à l’occasion des 48e et 49e sessions ordinaires du Comité de concertation et de suivi du dialogue social, syndicats, employeurs et administration ont tenté de prendre le pouls d’un climat professionnel traversé par de nouvelles tensions. Le ministre du Travail et de la Sécurité sociale, Grégoire Owona, n’a pas cherché à maquiller le diagnostic.
Stress chronique, troubles musculo-squelettiques, harcèlement au travail, recrudescence des actes de violence : la liste des maux dressée par le ministre ressemble à l’inventaire d’une fatigue sociale qui gagne progressivement les lieux de production. Une alerte qui intervient au moment où les entreprises sont soumises à une pression croissante de rentabilité et de performance.

Pour le gouvernement, la réponse ne peut être individuelle. « La responsabilité de garantir un milieu de travail sain et salubre nous incombe à tous », a insisté le ministre devant les partenaires sociaux, appelant à des « actions concertées » pour éviter l’enlisement des tensions. Car lorsque le dialogue s’efface, ce sont les conflits qui prennent la parole. Grèves, mouvements d’humeur, blocages ou défiance généralisée : les signaux d’alerte sont bien connus. L’absence de délégués du personnel, leur marginalisation ou leur méconnaissance des missions qui leur sont confiées constituent, selon le Mints, les premiers maillons d’une chaîne pouvant conduire à la rupture sociale. « L’entreprise se transforme alors en lieu de non-droit », prévient Grégoire Owona. Une formule lourde de sens dans un contexte où les revendications salariales et les exigences de meilleures conditions de travail se multiplient dans plusieurs secteurs de l’économie.

Le Comité de concertation et de suivi du dialogue social, créé à la demande des organisations syndicales, a justement été pensé comme un espace de déminage. Sa mission : parler avant que les conflits n’explosent, anticiper avant de réparer, négocier avant de subir. Derrière les discours sur la croissance et l’émergence se joue en réalité une autre bataille : celle de la place de l’humain dans l’économie. « La compétitivité ne doit pas prendre le pas sur la dignité », tranche le ministre. Une manière de rappeler qu’aucune stratégie de développement ne peut durablement prospérer sur une main-d’œuvre épuisée, ignorée ou précarisée.
Pour Yaoundé, la paix sociale n’est plus seulement un idéal syndical. Elle devient une condition de la performance économique et dans cette équation, le dialogue apparaît moins comme un luxe que comme une nécessité.

Olivier Mbessité

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