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Féminicides : Yaoundé se lève contre le fléau

Face aux vies de femmes déjà perdues depuis janvier, la société camerounaise se mobilise du 25 au 26 mars 2026.

Les chiffres disponibles donnent un éclairage sombre mais nécessaire : selon les organisations de défense des droits des femmes, au moins 26 femmes ont été tuées au Cameroun depuis le début de 2026, dans des actes qualifiés de féminicides, le plus souvent commis par des proches ou partenaires. Ces données, compilées à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes en mars 2026, confirment un constat préoccupant : malgré les campagnes de sensibilisation, le fléau persiste et touche des femmes de tous âges et de toutes catégories sociales. À l’échelle plus large, l’évolution des dernières années illustre une tendance inquiétante. Selon les statistiques publiques, 69 cas de féminicides ont été enregistrés en 2024 contre 56 en 2023, soit une progression notable d’une année sur l’autre. Ces chiffres pourraient cependant être sous-estimés, en raison des difficultés de signalement et de notification dans certaines régions du pays.

C’est dans ce contexte alarmant que se tient le Forum national de sensibilisation contre les féminicides, prévu du 25 au 26 mars 2026 à l’Institut Universitaire des Sciences et Techniques de Mvolyé, à Yaoundé. Selon le comité d’organisation, il s’agit d’« un rendez-vous majeur qui vise à mobiliser institutions, experts et citoyens autour d’un phénomène en hausse ». Le forum rassemblera des experts de différents secteurs : juristes, responsables associatifs, forces de sécurité, acteurs communautaires et représentants étatiques, afin de proposer des stratégies concrètes de prévention et de prise en charge. Des panels aborderont notamment la nécessité d’un cadre juridique renforcé pour qualifier spécifiquement le féminicide dans le droit pénal, ainsi que des campagnes de sensibilisation ciblant les zones rurales et les milieux scolaires.

Outre les interventions techniques, des ateliers participatifs permettront aux participants de travailler sur des campagnes de sensibilisation, des systèmes de soutien aux victimes, et des collaborations entre institutions publiques et organisations de la société civile. L’objectif est clair : agir avant qu’une autre vie ne soit perdue, et transformer l’indignation en actions concrètes. Le forum se veut également un espace de partage et de dialogue, où la parole des victimes et de leurs familles peut être entendue, et où les solutions peuvent émerger collectivement.
Pour Dr. Eliane Nnengue, sociologue et spécialiste des violences basées sur le genre, ce forum est essentiel « dans sa forme et dans son sens ». Elle rappelle : « Nous faisons face à une crise qui n’est pas seulement statistique mais humaine. Chaque chiffre représente une vie, une famille brisée. La prévention doit s’appuyer à la fois sur l’éducation, la protection juridique et des mécanismes d’appui psychologique pour les victimes et leurs proches ».
À la veille de ce rendez-vous national, les acteurs de la lutte contre les violences faites aux femmes appellent à une mobilisation sans précédent : renforcer l’alerte communautaire, encourager le signalement des violences, et assurer un suivi judiciaire rigoureux des auteurs de ces crimes. Comme le résume un juriste expert consulté pour l’occasion : « Sans action concertée, les chiffres continueront à n’être que des ombres sur un mur ; avec l’action, ils peuvent devenir des changements concrets dans la vie des femmes camerounaises ». Le forum s’annonce donc comme une étape cruciale pour que la société camerounaise transforme la sensibilisation en actes et commence à inverser une tendance dramatique.

Bobo Ousmanou

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