Forêts : le Cameroun veut actualiser la valeur de son « capital vert »
Après plus de vingt ans de données obsolètes, le pays s’apprête à redessiner la carte économique de son immense patrimoine forestier.

Pendant plus de décennies, le Cameroun a administré l’un de ses principaux patrimoines économiques avec des données devenues largement obsolètes. Alors que les pressions agricoles, démographiques et climatiques ont profondément remodelé les paysages forestiers du pays, les statistiques de référence continuaient de reposer sur un inventaire réalisé entre 2003 et 2004.
Cette situation pourrait bientôt appartenir au passé. Du 1er au 3 juillet à Ebolowa (région du Sud), le ministère des Forêts et de la Faune a réuni experts, chercheurs, partenaires techniques et représentants de la société civile autour de la méthodologie du troisième Inventaire forestier national multi-ressources (IFNMR), appelé à devenir le nouveau référentiel stratégique du secteur.
Pour les autorités, l’enjeu est d’abord économique. Les forêts couvrent près des deux tiers du territoire national et constituent l’un des principaux réservoirs de richesse du pays, à travers les exportations de bois, les emplois générés par la filière et les recettes fiscales qu’elle procure aux finances publiques. « On ne peut plus piloter une politique forestière du XXIe siècle avec des données produites il y a plus de deux décennies », confie une source proche du dossier. « Les réalités du terrain ont changé, les besoins des investisseurs ont évolué et les exigences internationales sont devenues beaucoup plus élevées ».
Selon des sources proches des travaux préparatoires, les équipes envisagent de combiner les relevés de terrain traditionnels avec les technologies de télédétection et l’imagerie satellitaire afin d’obtenir une photographie plus précise et plus dynamique des ressources nationales.
Depuis le précédent inventaire, les fronts agricoles se sont étendus, les infrastructures se sont multipliées et la pression sur certaines essences commerciales s’est accentuée. Dans le même temps, les marchés internationaux ont progressivement fait de la traçabilité et de la durabilité des critères incontournables d’accès aux financements et aux débouchés commerciaux.
Le futur inventaire devra ainsi répondre à des interrogations devenues essentielles pour la planification économique : quelles ressources demeurent disponibles ? Quel est le potentiel réel des différents massifs forestiers ? Quels espaces présentent les plus fortes vulnérabilités écologiques ? Et quelles opportunités peuvent être valorisées dans les marchés émergents du carbone et des services environnementaux ?
Les futures données devraient également permettre au Cameroun de mieux documenter ses engagements internationaux en matière de lutte contre le changement climatique, de préservation de la biodiversité et de gestion durable des forêts.
Impact
Selon plusieurs experts du secteur forestier, la qualité des données constitue désormais un facteur de compétitivité à part entière. Les investisseurs, les bailleurs internationaux et les partenaires commerciaux exigent des informations fiables, vérifiables et régulièrement actualisées avant d’engager leurs financements. « Aujourd’hui, la donnée environnementale est devenue une infrastructure économique aussi importante que les routes ou l’énergie », analyse Guy Chamberlain Mbatoum, spécialiste des politiques forestières en Afrique centrale. « Les pays capables de documenter précisément leurs ressources disposent d’un avantage dans les négociations internationales et dans la mobilisation des financements climatiques ».
Pour le Cameroun, le nouvel inventaire qui se prépare pourrait ainsi constituer bien plus qu’un exercice statistique : la première étape vers une nouvelle gouvernance de son capital naturel. L’exercice va bien au-delà d’un simple comptage des arbres. Il ambitionne de mesurer avec précision l’état des ressources forestières, de la biodiversité, des ressources hydriques, de l’occupation des sols ainsi que les interactions économiques et sociales liées à ces espaces naturels.
Bon à savoir : Le projet s’inscrit dans le cadre du Projet de renforcement des capacités en matière d’aménagement du territoire, soutenu par le partenariat entre le Cameroun et l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale avec l’appui de la Coopération allemande.
Rémy Biniou



