Frontière connectée, signal instable : le Congo et le Cameroun veulent enfin accorder leurs ondes
À la frontière entre le Congo et le Cameroun, le téléphone mobile a parfois des airs de douanier fantasque : il coupe, saute, change de camp sans prévenir.

Pour les habitants des 523 kilomètres de ligne frontalière, la communication ressemble davantage à une loterie qu’à un service public. C’est précisément ce chaos électromagnétique que Brazzaville et Yaoundé promettent désormais de discipliner. Réunis à Mintom (Cameroun) du 6 au 11 avril dernier, régulateurs et opérateurs des deux pays ont mis sur la table un projet d’accord technique visant à harmoniser la gestion des fréquences radioélectriques. Derrière le jargon, une ambition simple : empêcher les antennes de se marcher dessus et les téléphones de basculer involontairement d’un réseau à l’autre, comme s’ils traversaient une frontière invisible mais capricieuse. Le dispositif prévoit une coordination sur sept bandes de fréquences, de 700 MHz à 3 800 MHz, et surtout la mise en place de zones tampons où le signal devra rester dans les limites fixées, entre 500 et 2 000 mètres selon les cas.
Une sorte de géographie du signal, où l’onde est priée de respecter le droit international. MTN, Orange, Camtel, Airtel et leurs filiales locales sont priés de s’adapter. Le calendrier est serré : quelques semaines pour être notifiés, puis deux mois pour recalibrer les infrastructures. Autrement dit, faire rentrer des décennies de bricolage radioélectrique dans un tableur Excel réglementaire. Au-delà de la technique, l’enjeu est politique et économique. Dans ces zones frontalières où les échanges sont intenses mais souvent informels, la qualité du réseau conditionne les transactions, les relations sociales et parfois même la survie économique. Un appel qui passe mal, c’est une vente qui échoue ou une information qui disparaît dans le brouillard des ondes. Le Congo, qui a déjà signé des accords similaires avec plusieurs voisins, poursuit sa diplomatie du spectre : une intégration régionale par les fréquences, là où les frontières physiques résistent encore. Reste à savoir si les ondes, elles, accepteront enfin de se tenir à carreau.
Rémy. Biniou



